L’Après-midi d’un faune le poème

Le Faune  illustration de © Manet

Le Faune illustration de © Manet

L’Après-midi
d’un faune
  de François Mallarmé est une poésie fait de 110
lignes en Alexandrins

Le Faune

Ces nymphes, je les veux perpétuer.

 

Si clair,

Leur incarnat léger, qu’il voltige dans l’air

Assoupi de sommeils touffus.

 

Aimai-je un rêve ?

Mon doute, amas de nuit ancienne, s’achève

En maint rameau subtil, qui, demeuré les vrais

Bois même, prouve, hélas! que bien seul je m’offrais

Pour triomphe la faute idéale de roses —

 

Réfléchissons…

 

ou si les femmes dont tu gloses

Figurent un souhait de tes sens fabuleux !

Faune, l’illusion s’échappe des yeux bleus

Et froids, comme une source en pleurs, de la plus chaste :

Mais, l’autre tout soupirs, dis-tu qu’elle contraste

Comme brise du jour chaude dans ta toison ?

Que non! par l’immobile et lasse pâmoison

Suffoquant de chaleurs le matin frais s’il lutte,

Ne murmure point d’eau que ne verse ma flûte

Au bosquet arrosé d’accords; et le seul vent

Hors des deux tuyaux prompt à s’exhaler avant

Qu’il disperse le son dans une pluie aride,

C’est, à l’horizon pas remué d’une ride

Le visible et serein souffle artificiel

De l’inspiration, qui regagne le ciel.

 

Ô bords siciliens d’un calme marécage

Qu’à l’envi de soleils ma vanité saccage

Tacite sous les fleurs d’étincelles, CONTEZ

« Que je coupais ici les creux roseaux domptés

» Par le talent; quand, sur l’or glauque de lointaines

» Verdures dédiant leur vigne à des fontaines,

» Ondoie une blancheur animale au repos :

» Et qu’au prélude lent où naissent les pipeaux

» Ce vol de cygnes, non! de naïades se sauve

» Ou plonge…

Inerte, tout brûle dans l’heure fauve

Sans marquer par quel art ensemble détala

Trop d’hymen souhaité de qui cherche le la :

Alors m’éveillerai-je à la ferveur première,

Droit et seul, sous un flot antique de lumière,

Lys! et l’un de vous tous pour l’ingénuité.

 

Autre que ce doux rien par leur lèvre ébruité,

Le baiser, qui tout bas des perfides assure,

Mon sein, vierge de preuve, atteste une morsure

Mystérieuse, due à quelque auguste dent ;

Mais, bast! arcane tel élut pour confident

Le jonc vaste et jumeau dont sous l’azur on joue :

Qui, détournant à soi le trouble de la joue,

Rêve, dans un solo long, que nous amusions

La beauté d’alentour par des confusions

Fausses entre elle-même et notre chant crédule ;

Et de faire aussi haut que l’amour se module

Évanouir du songe ordinaire de dos

Ou de flanc pur suivis avec mes regards clos,

Une sonore, vaine et monotone ligne.

 

Tâche donc, instrument des fuites, ô maligne

Syrinx, de refleurir aux lacs où tu m’attends !

Moi, de ma rumeur fier, je vais parler longtemps

Des déesses; et par d’idolâtres peintures

À leur ombre enlever encore des ceintures :

Ainsi, quand des raisins j’ai sucé la clarté,

Pour bannir un regret par ma feinte écarté,

Rieur, j’élève au ciel d’été la grappe vide

Et, soufflant dans ses peaux lumineuses, avide

D’ivresse, jusqu’au soir je regarde au travers.

 

Ô nymphes, regonflons des SOUVENIRS divers.

« Mon oeil, trouant les joncs, dardait chaque encolure

» Immortelle, qui noie en l’onde sa brûlure

» Avec un cri de rage au ciel de la forêt ;

» Et le splendide bain de cheveux disparaît

» Dans les clartés et les frissons, ô pierreries !

» J’accours; quand, à mes pieds, s’entrejoignent (meurtries

» De la langueur goûtée à ce mal d’être deux)

» Des dormeuses parmi leurs seuls bras hasardeux ;

» Je les ravis, sans les désenlacer, et vole

» À ce massif, haï par l’ombrage frivole,

» De roses tarissant tout parfum au soleil,

» Où notre ébat au jour consumé soit pareil.

Je t’adore, courroux des vierges, ô délice

Farouche du sacré fardeau nu qui se glisse

Pour fuir ma lèvre en feu buvant, comme un éclair

Tressaille ! la frayeur secrète de la chair :

Des pieds de l’inhumaine au coeur de la timide

Qui délaisse à la fois une innocence, humide

De larmes folles ou de moins tristes vapeurs.

« Mon crime, c’est d’avoir, gai de vaincre ces peurs

» Traîtresses, divisé la touffe échevelée

» De baisers que les dieux gardaient si bien mêlée :

» Car, à peine j’allais cacher un rire ardent

» Sous les replis heureux d’une seule (gardant

» Par un doigt simple, afin que sa candeur de plume

» Se teignît à l’émoi de sa soeur qui s’allume,

» La petite, naïve et ne rougissant pas

» Que de mes bras, défaits par de vagues trépas,

» Cette proie, à jamais ingrate se délivre

» Sans pitié du sanglot dont j’étais encore ivre.

 

Tant pis ! vers le bonheur d’autres m’entraîneront

Par leur tresse nouée aux cornes de mon front :

Tu sais, ma passion, que, pourpre et déjà mûre,

Chaque grenade éclate et d’abeilles murmure ;

Et notre sang, épris de qui le va saisir,

Coule pour tout l’essaim éternel du désir.

À l’heure où ce bois d’or et de cendres se teinte

Une fête s’exalte en la feuillée éteinte :

Etna ! c’est parmi toi visité de Vénus

Sur ta lave posant tes talons ingénus,

Quand tonne une somme triste ou s’épuise la flamme.

 

Je tiens la reine !

 

Ô sûr châtiment…

 

Non, mais l’âme

De paroles vacante et ce corps alourdi

Tard succombent au fier silence de midi :

Sans plus il faut dormir en l’oubli du blasphème,

Sur le sable altéré gisant et comme j’aime

Ouvrir ma bouche à l’astre efficace des vins !

 

Couple, adieu ; je vais voir l’ombre que tu devins.

Après-Midi d’un faune, © Edouard Manet 1876

Après-Midi d’un faune, © Edouard Manet 1876

L ‘Après-midi d’un Faune

Caricature représentant Stéphane Mallarmé sous les traits du dieu Pan. © Manuel Luque.

Caricature représentant Stéphane Mallarmé sous les traits du dieu Pan. © Manuel Luque.

« Le Faune » en un monologue de François Mallarmé , présenté en 1875 à la revue « Le Parnasse Contemporain », qui le refuse.

L’Après-midi d’un faune  de François Mallarmé est une poésie fait de 110 lignes en Alexandrins, très en vigueur dans la littérature française de l’époque

L’alexandrin est une tirade pour évoquer souvent des drames et des épopées où l’on retrouve des figures mythologiques des faunes et des satyres ou le dieu Pan est apparu en tant que symbole de la jeunesse des passions, des désirs de la jeunesse.

Une oscillation entre l’imagination et la réalité

À son réveil, le Faune*** s’interroge sur le désir qui l’agite :

les « traces » des nymphes renvoient-elles à une nuit d’amour, un rêve érotique suscité par les roses qui l’entourent, une illusion des sens ou de la flûte ?

Il se souvient qu’il avait découvert deux nymphes quand il était Pan et les avait poursuivies. Elles se sont enfuies, mais il en vit deux autres qu’il a attrapé ,kidnappé ,séduit dans une clairière ensoleillée enfin celles-ci s’échappent

Il n’est pas sûr de ce qui s’est passé là-bas. La faune varie entre le remords de son crime et l’apologie de son désir. Dans la soirée, le sentiment de culpabilité est puissant, associée à la peur que la déesse Vénus le punisse sévèrement.

Enfin le faune surmonte ses peurs et s’endort

Paysage bucolique inspiré de Virgile. Thalès Fielding XIXe siècle

Paysage bucolique inspiré de Virgile. Thalès Fielding XIXe siècle

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***Le faune est une créature légendaire de la mythologie romaine. Il est proche des satyres de la mythologie grecque.

**Pan est une divinité de la Nature, protecteur des bergers et des troupeaux

Arnold Böcklin  Faune caché dans les roseaux

Arnold Böcklin Faune caché dans les roseaux

Dans la mythologie grecque, Hermès a pour fils Pan, le dieu des bergers.
La légende dit que le dieu Pan, fils d’Hermès, était moitié-homme, avec des pattes, des cornes de bouc et un corps très poilu.
Syrinx, Nymphe d’Arcadie, fut poursuivie par Pan et se changea en roseaux. Pan pour se consoler pris une brassée de roseaux et fabriqua une flûte champêtre appelée syrinx ou flûte de Pan.

1860 © Cabanel-Alexandre Nymphe-enlevee par un faune

1860 © Cabanel-Alexandre Nymphe-enlevee par un faune

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La légende Pan est narrée, entre autres, dans les Métamorphoses d’Ovide

« Au pied des montagnes glacées d’Arcadie, parmi les Hamadryades de Nonacris, la plus célèbre était une Naïade que les nymphes appelaient Syrinx. Plus d’une fois, elle avait échappé aux satyres qui la poursuivaient et aux dieux qui hantaient les forêts ombreuses et les grasses campagnes.

Elle honorait, par ses activités, la déesse d’Ortygie et lui avait même voué sa virginité ; ceinte elle aussi à la manière de Diane, elle aurait pu faire illusion et passer pour la fille de Latone, si elle n’avait eu un arc de corne, au lieu de l’arc d’or de la déesse. Même ainsi, on les confondait. Un jour qu’elle revenait du mont Lycée, Pan la vit et, portant sur la tête une couronne d’aiguilles de pin, il lui adressa ces paroles… ».

Après midi d'un faune © François Boucher  Pan et Syrinx

Après midi d’un faune © François Boucher Pan et Syrinx

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Il restait à Mercure à relater le discours de Pan, le dédain de la nymphe pour ses prières et sa fuite à travers champs jusqu’aux abords sablonneux du paisible Ladon; là,les eaux arrêtant sa course, elle pria ses soeurs liquides de la métamorphoser.

Pan croyait déjà Syrinx à sa merci, mais, dans ses mains, il n’avait saisi que des roseaux du marais et non le corps de la nymphe. Tandis qu’il poussait des soupirs, un souffle d’air à travers les roseaux produisit un son léger, une sorte de plainte. Séduit par cette nouveauté et par la douceur de cette mélodie, Pan dit : «Voilà qui me permettra de m’entretenir avec toi à tout jamais ! ».

Et ainsi, grâce à des roseaux d’inégales longueurs joints avec de la cire, il perpétua le nom de la jeune fille.

Pan pourchasse la nymphe Syrinx

Pan pourchasse la nymphe Syrinx

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Le poème est devenu le point de départ pour un travail artistique diversifié.  Ce fut une source d’inspiration pour Claude Debussy pour son « Prélude à l’après-midi faune » 1894

Debussy écrit dans le programme imprimé :

« La musique de ce Prélude est une illustration très libre du beau poème de Stéphane Mallarmé. Elle ne prétend nullement à une synthèse de celui-ci. Ce sont plutôt des décors successifs à travers lesquels se meuvent les désirs et les rêves d’un faune dans la chaleur de cet après-midi. Puis, las de poursuivre la fuite peureuse des nymphes et des naïades, il se laisse aller au soleil enivrant, rempli de songes enfin réalisés, de possession totale dans l’universelle nature. »

Le poème bucolique L’Après-midi d’un faune de Stéphane Mallarmé évoque l’état d’âme d’un faune qui sommeille voluptueusement à l’ombre, sur la pente de l’Etna. Cette paresseuse béatitude, Debussy l’a fixée dans son Prélude. Le compositeur lui-même commente en ces termes :

« La musique de ce Prélude est une très libre illustration du beau poème de Mallarmé. Elle ne désire guère résumer ce poème, mais veut suggérer les différentes atmosphères, au milieu desquelles évoluent les désirs, et les rêves de l’Egipan, par cette brûlante après-midi. Fatigué de poursuivre nymphes craintives et naïades timides, il s’abandonne à un sommet voluptueux qu’anime le rêve d’un désir enfin réalisé : la possession complète de la nature entière. »

[citation extraite de la notice de l’édition originale]

 ♣

Claude Debussy , Prélude à l’Après-midi d’un faune

Lev Samoïlevitch Rosenberg, dit Léon BAKST l'apres midi d un faune (décor )

Lev Samoïlevitch Rosenberg, dit Léon BAKST l’apres midi d un faune (décor )

Le poème  a inspiré ainsi Vaslav Nijinski qui créa le ballet « L’après-midi d’un faune »  où il danse  le faune, en 1912

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Rudolf Noureev dansa « L’Après-midi d’un faune » de Debussy

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Vaslav Nijinski, L'après-midi d'un faune, 1912. Décors et costumes  Léon Bakst

Vaslav Nijinski, L’après-midi d’un faune, 1912. Décors et costumes Léon Bakst

Nijinski pour L'Après-midi d'un faune, ©Léon Bakst

Nijinski pour L’Après-midi d’un faune, ©Léon Bakst

Claude Debussy Prélude à l’Après-midi d’un faune

Œuvres présentées

de Louis Valtat (1869- 1952), Eugène-Louis Boudin (1824- 1898), Alfred Sisley (1839- 1899), Claude Monet, Oscar Claude Monet (1840- 1926),
Camille Pissarro (1830- 1903), Frederic Bazille, Jean Frédéric Bazille (1841- 1870), Edgar Degas, Hilaire-Germain-Edgar De Gas (1834- 1917),
Armand Guillaumin (1841- 1927), Pierre-Auguste Renoir (1841- 1919).
Les œuvres avec la mythologie d’un ‘faune’ sont de: Agostino Carracci (1557- 1602), Filippo Lauri (1623- 1694), Arnold Böcklin (1827- 1901),
Peter Basin (1793- 1877), Karl Friedrich Schinkel (1781- 1841), Carlos Schwabe (1866- 1926)

L’histoire du Chocolat à la Cour de Versailles

Histoire

Cabosses de cacaoyer

Cabosses de cacaoyer

 Originaire des plaines tropicales d’Amérique du Sud  et centrale, le cacaoyer, produisant les fèves de cacao, est cultivé depuis au moins trois millénaires dans cette région et dans l’actuel Mexique.

Les Mayas cultivent des cacaoyers et utilisaient les fèves de cacao pour fabriquer une boisson chaude, mousseuse et amère, souvent aromatisée avec de la vanille, du piment et du roucou nommée  « xocoatl »

Les Aztèques associent le chocolat avec Xochiquetzal, la déesse de la fertilité.

chocolat-maya

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Ils pensent que le Xocoatl  permet de lutter contre la fatigue et cette croyance découle probablement de la teneur en théobromine du produit.

Originaire d’Amérique, le cacaoyer est donc inconnu ailleurs dans le monde jusqu’au XVIe siècle

En 1494, Christophe Colomb jette par-dessus bord les fèves qu’il avait reçues des Amérindiens. Il les aurait prises pour des crottes de chèvre. C’est donc plus tard, en juillet 1502 sur l’île de Guanaja, qu’il découvre pour la première fois la boisson chocolatée

Ce fut l’Espagnol Cortès qui, en 1519, découvrit le cacao en Amérique Centrale. Dans l’un de ses courriers, il écrivait : « Nous avons découvert un nouveau remède. Il suffit d’en boire une coupe pour être tout ragaillardi et se sentir capable de fournir un effort toute une journée, même sans manger »

Hernan Cortes

Hernan Cortes

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Les colons espagnols n’apprécient cette boisson amère aux épices piquantes que lorsque les religieuses d’Oaxaca l’édulcorent et l’aromatisent avec du miel, du sucre de canne, du musc et de l’eau de fleur d’oranger.

Ce n’est qu’à partir de la conquête des Aztèques par les Espagnols que le chocolat est importé en Europe où il devient rapidement très prisé à la cour d’Espagne

Lorsque le chocolat arrive en France, rapporté par les conquistadors espagnols, il est réservé à la noblesse et la haute bourgeoisie.

L’arrivée du chocolat en France a commencé avec l’exil des juifs séfarades ou marranes d’Espagne en 1492 puis du Portugal vers 1536, fuyant l’Inquisition et venus se réfugier dans l’Hexagone en transportant le chocolat dans leurs valises.

De nombreux marranes s’installent notamment dans le quartier Saint-Esprit de Bayonne après 1609, ces premiers entrepreneurs du chocolat au Pays basque sont à l’origine de l’introduction du chocolat en France.

La France découvre en 1615 le chocolat à Bayonne à l’occasion du mariage d’Anne d’Autriche, fille du roi d’Espagne Philippe III avec le roi de France Louis XIII

Anne d’Autriche avait emmener dans ses valises du chocolat, on dit même qu’elle emmena avec elle une servante experte dans la réalisation de cette boisson qu’on dit alors « exotique » puisque venant des colonies.

Le chocolat entre alors dans les habitudes de la cour: il est consommé les lundis, mercredis et jeudis dans les salons de la cour.

 © Jean Baptiste Charpentier La famille Penthièvre ou la Tasse de Chocolat, 1768

© Jean Baptiste Charpentier La famille Penthièvre ou la Tasse de Chocolat, 1768

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On lui prête alors des qualités aphrodisiaques et médicinales. La plupart des médecins et botanistes lui reconnaissent ses bienfaits pour la digestion et des vertus dynamisantes.
On dit qu’il aide à lutter contre les vers et la constipation.
On le préconise aussi contre la fatigue et parfois contre les problèmes pulmonaires!

Les rois et reines de France, de Louis XIII à Marie-Antoinette, apprécient cette boisson chaude qui fait fureur à la Cour.

Le met, sous toutes ses formes, entre dans les habitudes culinaires de Versailles sous Louis XIV, qui popularise sa consommation à la Cour.

La marquise de Sévigné dit du chocolat, dans ses Lettres, qu’« il vous flatte pour un temps, et puis il vous allume tout d’un coup une fièvre continue »

Madame de Sévigné-1650 © Claude Lefebvre

Madame de Sévigné-1650 © Claude Lefebvre

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Mais c’est Louis XV, au siècle suivant, qui est considéré comme le plus grand amateur de cette boisson à base de cacao. Il arrive que le Roi prépare lui-même son breuvage dans les cuisines de ses Petits Appartements. La recette de Louis XV a traversé les époques :

« Vous mettez autant de tablettes de chocolat que de tasses d’eau dans une cafetière et les faites bouillir à petit feu quelques bouillons ; lorsque vous êtes prêts à le servir, vous y mettez un jaune d’œuf pour quatre tasses et le remuez avec le bâton sur un petit feu sans bouillir.

Si on le fait la veille pour le lendemain, il est meilleur, ceux qui en prennent tous les jours laissent un levain pour celui qu’ils font le lendemain ; l’on peut à la place d’un jaune d’œuf y mettre le blanc fouetté après avoir ôté la première mousse, vous le délayez dans un peu de chocolat de celui qui est dans la cafetière et le mettez dans la cafetière et finissez comme avec le jaune » ***

LaTasse de Chocolat © Lancret Nicolas

LaTasse de Chocolat © Lancret Nicolas 1742

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Les favorites de Louis XV, dont Madame du Barry, ne se privent pas non plus de ce cocktail exotique, notamment apprécié pour ses vertus aphrodisiaques. A la même époque, les premières machines destinées à fabriquer le chocolat voient le jour, et plusieurs ateliers spécialisés s’installent à Paris.

Comme pour les boissons exotiques que sont le thé ou le café, l’Église se pose la question de savoir s’il s’agit d’un aliment ou d’une source de plaisir.

En 1662, la sentence du cardinal Francisco Maria le chocolat est déclaré maigre, pouvant même être consommé pendant le Carême

Une dame versant du chocolat ©  Jean-Etienne Liotard  1744

Une dame versant du chocolat © Jean-Etienne Liotard 1744

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En 1770, lorsque Marie-Antoinette épouse Louis XVI, elle arrive à la Cour de Versailles avec son propre chocolatier, qui prend le titre très officiel de « Chocolatier de la Reine ».

L’artisan invente de nouvelles recettes et mêle le chocolat à la fleur d’oranger ou à l’amande douce. La fève de cacao ne se démocratise qu’au XIXe siècle avec l’apparition des grandes usines, aux noms aussi célèbres que l’Anglais Cadbury ou le Français Menier.

Ce n’est qu’au XVIIIème siècle que la haute bourgeoisie le découvre à son tour.
Mais il faut attendre 1824 pour que l’industrie du chocolat se mette en marche
et que chacun puisse, enfin,  en profiter…

Bain avec chocolat, XVIIe siècle

Bain avec chocolat, XVIIe siècle

L’histoire du cacao et du chocolat

source  http://www.chateauversailles.fr et le web

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Le 1er Avril

Origine et histoire d’avril.

Il est difficile de trouver la véritable origine du poisson farceur. Variant selon les pays, les époques et les croyances, cette tradition reste aujourd’hui un peu mystérieuse.

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Chaque année, le 1er avril, les Grecs se rassemblaient autour du temple de Thésée pour exécuter des danses nationales.

Thésée, dont les exploits sont restés légendaires, tua, comme l’on sait, le Minotaure, ce monstre à tête de taureau qui dévorait chaque année six jeunes garçons et six jeunes filles d’Athènes : c’était le tribut imposé par le roi de Crète, Minos, à la suite de l’assassinat de son fils Androgée par les Athéniens.

Ariane, fille de Minos, sur les conseils de Dédale, donna à Thésée un fil qui devait le conduire dans la demeure, presque introuvable (le labyrinthe), habitée par le monstre. Thésée fut ingrat envers Ariane, qu’il abandonna dans l’île de Naxos.

Ariane abandonnée par Thésée sur le rivage de Naxos © Angelica Kauffmann

Ariane abandonnée par Thésée sur le rivage de Naxos © Angelica Kauffmann

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Donc, le 1er avril, des jeux et des chants célébraient la victoire de Thésée. Parmi ces chants, quelques choeurs sont remarquables.

L’un est considéré comme une reproduction de la danse que Dédale inventa pour Ariane. Le coryphée tient et guide ses compagnons, tantôt au moyen d’un fil, tantôt avec un mouchoir. Ce fil serait celui du labyrinthe ; ce mouchoir, serait destiné à essuyer les larmes d’Ariane.

La personne qui tient le mouchoir dit ces paroles :

« Navire qui est parti et qui m’enlèves mon bien-aimé, mes yeux, ma lumière, reviens pour me le rendre ou pour m’emmener aussi. » 

Quand Ariane a chanté, le choeur lui répond sur le même air : 

« Maître du navire, monseigneur, et vous, rocher, âme de ma vie, revenez pour me la rendre, ou pour m’emmener aussi. »

Poisson-Avril

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Pour nous, le 1er avril, à défaut du culte de Thésée, nous pratiquons la coutume du poisson d’avril.

Nous nous égayons aux dépens de nos amis en leur annonçant des nouvelles absolument inexactes et en leur imposant des démarches absolument inutiles. S’ils se fâchent, il nous suffira d’un mot pour calmer leur colère : 

« Poisson d’avril ! » 

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Quelle est l’origine de cette plaisanterie vraiment absurde ?

On raconte que le roi Louis XIII faisait garder à vue, dans le château de Nancy, un prince de Lorraine. « Le prisonnier trouva moyen de se sauver, le 1er avril, en traversant la Meuse à la nage, ce qui fit dire aux Lorrains que c’était un poisson qu’on avait donné à garder aux Français. »

Mais voici d’autres origines 

 

Poisson d’avril, dit-on, dérive par corruption de Passion d’avril. Le vendredi saint tombe souvent dans ce mois et la manière dérisoire dont le Christ fut renvoyé d’Anne à Caïphe, de Caïphe à Pilate, de Pilate à Mérode, d’Hérode à Pilate, semble une mystification pareille à celle que nous appelons poisson d’avril.

Une autre version

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Le mois d’avril est le mois où le maquereau est le plus abondant. La pêche commence dans les premiers jours; or, il est d’usage dans certaines localités maritimes, lorsque les pêcheurs reviennent après une maigre pêche, qu’on leur envoie en manière de plaisanterie des poissons en bois et en carton.

On nargue ainsi ceux qui s’étaient vantés de revenir avec des cargaisons beaucoup plus considérables que leurs voisins. Souvent les pêcheurs, pour ne pas avouer leur pêche infructueuse, prétendaient que leurs bateaux avaient coulé au retour.

On les accueillait alors en criant : « Ah ! ah ! c’est du poisson d’avril. »

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L’hypothèse la plus probable remonte au XVIème siècle. On raconte qu’à l’époque, l’année commençait au 1er avril et que le roi de France Charles IX aurait décidé de choisir le 1er janvier comme jour du nouvel an.

Comme il était d’usage d’offrir des cadeaux et étrennes en ce jour, certains se sont amusés à semer le doute sur la date réelle du nouvel an en continuant à offrir des petites surprises à leur entourage…

La coutume du poisson d’avril se serait donc implantée dans les foyers en souvenir de cette ancienne date.

Poisson d'avril 1

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Au XVIème siècle, les présents que l’on s’offrait étaient généralement … de la nourriture ! 

Le début du mois d’Avril correspondait à la période du carême (pendant laquelle la viande était interdite), c’est pourquoi le poisson était le cadeau le plus courant.

Par la suite, des petits malins décidèrent de faire des farces pour ce faux jour de l’an, en offrant de faux poissons ! Et au fil des années, la tradition du poisson d’avril est restée

Poisson d'avril 4

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Une dernière

En avril, le soleil vient d’entrer dans la constellation zodiacale qu’on appelle les Poissons. Disons à ce propos que la constellation des Poissons était, en Égypte, consacrée à la déesse Nephtis, puissance malfaisante qui symbolise la stérilité de la terre.

Elle était la femme de Typhon, dieu du mal, des ténèbres, de la stérilité. Détail assez curieux : dans les temples consacrés à Typhon, on immolait à ce dieu des hommes roux !

1er-avril

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Cette coutume de faire des plaisanteries s’est répandue dans de nombreux pays,

Les Américains et les Britanniques ont conservé leur April Fool’s Day 

Les Allemands ont leur Aprilscherz

Cette coutume existe aussi au Danemark, aux Pays-Bas, en Belgique, au Canada, en Italie, en Pologne, au Portugal  il s’appelle « jour des mensonges », en Suisse, en Suède, en Finlande, ou même au Japon.

Russie il s’appelle le « jour des fous » (den dourakov).

 En Roumanie, il s’agit de la « tromperie/duperie du 1er avril »

Illustration of “April Fool's Day” in 1864.

Illustration of “April Fool’s Day” in 1864.

D’où vient le poisson d’Avril ?

Le poisson d’Avril Tetesaclaques.tv

Jean-Luc le poisson raconte à son ami Henri l’origine de la journée du Poisson d’Avril.(Québéc)

La Chambre des Demoiselles

© Victor Karlovich Shtemberg

© Victor Karlovich Shtemberg

La grande falaise blanche d’Etretat tombe à pic sur la mer ; la crête gazonnée domine d’une centaine de mètres les galets et les mas de cailloux qui s’étalent à son pied sur le rivage.
La nuit est proche. Le vent se lève. La mer mugit. Les nuées livides passent dans le ciel sombre. Par instants, la lune se montre dans une éclaircie.
Deux pêcheurs attardés s’en reviennent à la ville, sur le sentier qui, là-haut, longe le bord de la falaise.
L’endroit est lugubre et solitaire. Soudain, des gémissements se font entendre. Les deux pêcheurs s’arrêtent et regardent autour d’eux. A quelques pas, dans un vallonnement, trois formes blanches se dressent, éclairées par la lune blafarde ; elles lèvent leurs bras au ciel dans un geste de supplication ; leurs longs cheveux dénoués flottent épars sur leurs épaules ; elles sanglotent, et les larmes ruissellent sur leurs visages.

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© Arthur Rackham

© Arthur Rackham

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« Les Demoiselles ! Ce sont les Demoiselles ! » crient les pêcheurs effrayés. « Prions pour elles ! » Ils font un grand signe de croix, pressent le pas, et murmurent une courte prière, tandis que la lune se cache à nouveau derrière les nuées, et que les fantômes des trois jeunes filles s’estompent, s’atténuent, et disparaissent dans la brume …

Voici, maintenant, à peu près, ce qui se passa, il y a longtemps,en cet endroit même.
Maître Jolivet, un brave marchand d’Etretat, avait trois filles, Eléonor, Jacinthe et Catherinette, connues à dix lieux à la ronde pour leur grâce et leur joliesse. 

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© Arthur Rackham

© Arthur Rackham

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Leurs fiancés, trois jeunes hommes du voisinage, étaient soldats et partis pour la guerre. Dès leur retour qui ne pouvait tarder, le triple mariage devait avoir lieu.
Or, un riche seigneur du Pays de Caux, le Baron de Fréfossé, avait remarqué les trois sœurs. Soudard, brutal et violent, il n’admettait aucune résistance à sa volonté. La fantaisie lui était venue de prendre les jeunes filles à son service ; il ne voulait ; disait-il, avoir près de lui, pour tenir sa maison et servir la Baronne, que des visages frais et rieurs. Mais, Catherinette, Eléonor et Jacinthe connaissaient l’humeur méchante et les terribles colères du Baron de Fréfossé, et, voulant rester libres, elles avaient refusé, à plusieurs reprises, d’accepter ses propositions.
Furieux de cette résistance inattendue, le châtelain s’était juré d’amener les trois sœurs dans son manoir, et d’employer la force s’il le fallait : en ce temps là, contre la volonté d’un puissant seigneur, les gens du peuple n’avaient guère de recours. 

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Fort de Fréfossé Etretat

Fort de Fréfossé Etretat

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Par un soir d’été, elles se promenaient sur la crête des falaises, tendrement enlacées, et devisant gaiement. Elles s’étaient écartées, imprudemment, de tout lieu habité. Comme elles descendaient dans un vallonnement plus sombre, une grande ombre à cheval surgit devant elles. C’était le Baron redouté, suivi d’un fidèle serviteur.
« Ah ! mes belles, cria-t-il, je vous tiens ! Vous ne m’échapperez pas ! En croupe, et suivez-nous ! »
Les trois demoiselles, à sa vue, poussent un cri d’épouvante, et prennent la fuite.
Près de là s’ouvre un sentier abrupt, qui dévale vers un ravin, puis vers la mer. Elles s’y engagent, au risque d’être précipitées dans les flots, qui déferlent à trois cent pieds au-dessous d’elles. Elles descendent de roc en roc, se soutenant aux aspérités. Le seigneur a mis pied à terre et les suit, mais il est lourd et gros et ne peut les rejoindre.
Oh bonheur ! Derrière une roche pointue, presque au sommet d’une sorte d’aiguille de pierre, les trois fugitives aperçoivent par hasard une crevasse très étroite.
« Cachons-nous là ! » disent-elles. Et, résolument, elles se glissent dans l’étroite ouverture, juste assez large pour qu’elles y pénètrent. Elles se trouvent à l’intérieur d’une toute petite grotte, où elles ont de la peine à se tenir debout. .

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La Chambre des Demoiselles

La Chambre des Demoiselles

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Elles entendent le seigneur qui continue ses recherches : plusieurs fois il passe sans la voir devant l’entrée de la grotte. Il jure, il appelle, il menace … Personne ne lui répond. Fatigué, et pris de vertige devant le précipice qui, béant, s’ouvre devant lui, il remonte sur le plateau.
Les trois sœurs, hélas ! n’étaient point sauvées. La nuit se passa ; au matin, elles essayèrent de sortir de leur abri, mais, ô douleur ! elles virent avec effroi que la porte était murée. Un éboulement s’était produit, sans doute, comme cela est fréquent dans ces rocs calcaires ; à la grotte il n’y avait plus aucune issue !
Les captives demeurèrent en ce lieu trois nuits et trois jours. On les chercha, mais sans succès. Le soir du troisième jour, une vielle femme qui ramassait des coquillages sur le grève vit s’élever du haut de la falaise trois blanches colombes ; c’étaient les âmes des trois sœurs qui s’envolaient vers le ciel.

Longtemps après, de hardis chasseurs découvrirent la fracture du rocher. Ils enlevèrent les pierres qui l’encombraient et munis d’une lanterne, explorèrent l’intérieur. Là, sur le sol recouvert de sable, ils trouvèrent les restes des trois jeunes filles, mortes de faim, de fatigue et de douleur.

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© Herbert Draper

© Herbert Draper

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Aussi longtemps qu’il vécut, le Baron de Fréfossé eut
le remord du malheur qu’il avait causé. Continuellement d’ailleurs il fut
poursuivi par les fantômes de ses innocentes victimes. Jour et nuit, elles lui apparaissaient.

Qu’il fût en promenade dans les champs, à la chasse dans les
bois, ou qu’il traversât les grandes salles du château, elles surgissaient près de lui, et l’accompagnaient, muettes et vengeresses.

Aujourd’hui, la grotte tragique existe toujours : on l’appelle la chambre
des Demoiselles. Et parfois, dit-on, les soirs de brouillard, Catherinette,
Eléonor et Jacinthe reviennent encore, tout de blanc vêtues, implorer la pitié et la prière des âmes compatissantes

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Les plus belles légendes de Normandie – 1932 – Eugène Anne

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 Le Fort Fréfossé et la Chambre des Demoiselles CPA

Le Fort Fréfossé et la Chambre des Demoiselles CPA

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Les Falaises d’Etretat vues par les Peintres

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Légende de La Chambre des Demoiselles par Maupassant

Lentement le flot arrive
Sur la rive
Qu’il berce et flatte toujours.
C’est un triste chant d’automne
Monotone
Qui pleure après les beaux jours.

Sur la côte solitaire
Est une aire
Jetée au-dessus des eaux ;
Un étroit passage y mène,
Vrai domaine
Des mauves et des corbeaux.

C’est une grotte perdue,
Suspendue
Entre le ciel et les mers,
Une demeure ignorée
Séparée
Du reste de l’univers.

Jadis plus d’une gentille
Jeune fille
Y vint voir son amoureux ;
On dit que cette retraite
Si discrète
A caché bien des heureux.

On dit que le clair de lune
Vit plus d’une
Jouvencelle au coeur léger
Prendre le sentier rapide,
Intrépide
Insouciante au danger.

Mais comme un aigle tournoie
Sur sa proie,
Les guettait l’ange déchu,
Lui qui toujours laisse un crime
Où s’imprime
L’ongle de son pied fourchu.

Un soir près de la colline
Qui domine
Ce roc au front élancé,
Une fillette ingénue
Est venue
Attendant son fiancé.

Or celui qui perdit Eve,
Sur la grève
La suivit d’un pied joyeux ;
« Hymen, dit-il, vous invite,
« Venez vite,
« La belle fille aux doux yeux,

« Là-bas sur un lit de roses
« Tout écloses
« Vous attend le jeune Amour ;
« Pour accomplir ses mystères
« Solitaires
« Il a choisi cette tour. »

Elle était folle et légère,
L’étrangère,
Hélas, et n’entendit pas
Pleurer son ange fidèle,
Et près d’elle
Satan qui riait tout bas.

Car elle suivit son guide
Si perfide
Et par le sentier glissant.
Bat la rive
Mais lui, félon, de la cime,
Dans l’abîme
Il la jeta, – Dieu Puissant !

Son ombre pâle est restée
Tourmentée,
Veillant sur l’étroit chemin.
Sitôt que de cette roche
On approche
Elle étend sa blanche main.

Depuis qu’en ces lieux, maudite
Elle habite,
Aucun autre n’est tombé.
C’est ainsi qu’elle se venge
De l’archange
Auquel elle a succombé.

Allez la voir, Demoiselles,
Jouvencelles
Que mon récit attrista,
Car pour vous la renommée
L’a nommée
Cette grotte d’Étretat !

A son pied le flot arrive
Bat la rive
Qu’il berce et flatte toujours.
C’est un triste chant d’automne
Monotone
Qui pleure après les beaux jours.

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La légende de la chambre aux demoiselles Maupassant l’a composé en 1867 à l’âge de dix-sept ans

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© Herbert James Draper

© Herbert James Draper

« Joana Vasconcelos Versailles » II

Du 19 juin au 30 septembre 2012, le château de Versailles a présenté l’exposition « Joana Vasconcelos  Versailles » dans les Grands Appartements et les jardins.

Le travail de Joana Vasconcelos

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II/ Partie

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Lilicoptere - Salle 1830 © Joana Vasconcelos

Lilicoptere – Salle 1830 © Joana Vasconcelos

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Marilyn - Galerie des Glaces©  Joana Vasconcelos

Marilyn – Galerie des Glaces© Joana Vasconcelos

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Mary Poppins -Escalier Gabriel ©  Joana Vasconcelos

Mary Poppins -Escalier Gabriel © Joana Vasconcelos

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Pavillon De The - Parterre de Midi ©  Joana Vasconcelos

Pavillon De The – Parterre de Midi © Joana Vasconcelos

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Pavillon De Vin - Parterre du Midi©  Joana Vasconcelos

Pavillon De Vin – Parterre du Midi© Joana Vasconcelos

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Perruque - Chambre de la Reine ©  Joana Vasconcelos

Perruque – Chambre de la Reine © Joana Vasconcelos

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 Royal Valkyrie- Galerie des Batailles © Joana Vasconcelos

Royal Valkyrie- Galerie des Batailles © Joana Vasconcelos

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Valquiria Enxoval - Galerie des Batailles ©  Joana Vasconcelos

Valquiria Enxoval – Galerie des Batailles © Joana Vasconcelos

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Vitral in Escalier de la Reine © Joana Vasconcelos

Vitral in Escalier de la Reine © Joana Vasconcelos

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http://www.chateauversailles.fr   &   http://www.joanavasconcelos.com/

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L’histoire du château de Versailles

« Joana Vasconcelos Versailles »

Du 19 juin au 30 septembre 2012, le château de Versailles a présenté l’exposition « Joana Vasconcelos  Versailles » dans les Grands Appartements et les jardins.

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Découvrir les Oeuvres de Joana Vasconcelos dans un sublime cadre

Le Château de Versailles

Le château de Versailles

Le château de Versailles

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Joana Vasconcelos est née à Paris en 1971. Elle vit et travaille à Lisbonne

(…) « Le château de Versailles est le lieu de l’art par excellence, un lieu dans lequel les artistes se sont toujours sentis chez eux, l’investissant non comme un lieu d’exposition, mais bien comme un lieu habité par l’art. C’est un espace plein, complet, riche, où rien en apparence ne semble pouvoir être ajouté. C’est le décor idéal pour célébrer l’audace, l’expérimentation et la liberté ; le génie créatif apprécié comme nulle part ailleurs.

Si mon travail se développe autour de l’idée que le monde est un opéra, Versailles incarne l’idéal opératique et esthétique qui m’anime. Les œuvres que je propose existent pour ce lieu, je les vois liées à Versailles, de manière intemporelle. Quand je parcours les salons du Château et ses jardins, je sens l’énergie d’un espace qui gravite entre la réalité et le rêve, le quotidien et la magie, le festif et le tragique. J’entends encore l’écho des pas de Marie-Antoinette, la musique et l’ambiance festive des salons. Comment serait la vie à Versailles si cet univers exubérant et grandiose était transféré à notre époque ? »(…)

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 « Joana Vasconcelos  Versailles »

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JOANA VASCONCELLOS A VERSAILLES

Joana Vasconcelos

Gardes - Salle des Gardes de la Reine ©Joana Vasconcelos

Gardes – Salle des Gardes de la Reine ©Joana Vasconcelos

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Black Heart   dans le salon de la Guerre ©Joana Vasconcelos

Black Heart dans le salon de la Guerre ©Joana Vasconcelos

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Red Independent Heart  - Salon de la Paix © Joana Vasconcelos

Red Independent Heart – Salon de la Paix © Joana Vasconcelos

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Blue Champagne- Parterre d'Eau © Joana Vasconcelos

Blue Champagne- Parterre d’Eau © Joana Vasconcelos

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Golden Valkyrie - Galerie des Batailles ©  Joana Vasconcelos

Golden Valkyrie – Galerie des Batailles © Joana Vasconcelos

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Le Dauphin - Antichambre du Grand Couvert  ©  Joana Vasconcelos

Le Dauphin – Antichambre du Grand Couvert © Joana Vasconcelos

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Joana Vasconcelos Versailles 2012

La Belle et la Bête

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Il y avait une fois un marchand qui était extrêmement riche.Il avait six enfants, trois garçons et trois filles, et comme ce marchand était un homme d’esprit, il n’épargna rien pour l’éducation de ses enfants et leur donna toutes sortes de maîtres.Ses filles étaient très belles ; mais la cadette surtout se faisait admirer et on ne l’appelait, quand elle était petite, que la Belle Enfant ; en sorte que le nom lui en resta, ce qui donna beaucoup de jalousie à ses soeurs.

Cette cadette, qui était plus belle que ses soeurs, était aussi meilleure qu’elles. Les deux aînées avaient beaucoup d’orgueil parce qu’elles étaient riches : elles faisaient les dames, et ne voulaient pas recevoir les visites des autres filles de marchands. Elles allaient tous les jours au bal, à la comédie, à la promenade, et se moquaient de leur cadette, qui employait la plus grande partie de son temps à lire de bons livres.

Comme on savait que ces filles étaient fort riches, plusieurs gros marchands les demandèrent en mariage, mais les deux aînées répondirent qu’elles ne se marieraient jamais, à moins qu’elles ne trouvassent un duc, ou tout au moins un comte. La Belle remercia bien honnêtement ceux qui voulaient l’épouser ; mais elle leur dit qu’elle était trop jeune et qu’elle souhaitait tenir compagnie à son père pendant quelques années.

Tout d’un coup, le marchand perdit son bien et il ne lui resta qu’une petite maison de campagne, bien loin de la ville. Il dit en pleurant à ses enfants qu’il leur fallait aller dans cette maison et qu’en travaillant comme des paysans, ils y pourraient vivre.Ses deux filles aînées répondirent qu’elles ne voulaient pas quitter la ville et qu’elles connaissaient des jeunes gens qui seraient trop heureux de les épouser, quoiqu’elles n’eussent plus de fortune.

Ces demoiselles se trompaient : leurs amis ne voulurent plus les regarder quand elles furent pauvres. Comme personne ne les aimait, à cause de leur fierté, on disait : « Elles ne méritent pas qu’on les plaigne ! Nous sommes bien aises de voir leur orgueil abaissé : qu’elles aillent faire les dames en gardant les moutons ! » Mais en même temps, tout le monde disait : « Pour la Belle, nous sommes bien fâchés de son malheur :c’est une si bonne fille ! Elle parlait aux pauvres gens avec tant de bonté ; elle était si douce, si honnête ! » Il y eut même plusieurs gentilshommes qui voulurent l’épouser, quoiqu’elle n’eût pas un sou. Mais elle leur dit qu’elle ne pouvait se résoudre à abandonner son pauvre père dans son malheur, et qu’elle le suivrait à la campagne pour le consoler et l’aider à travailler. 

Quand ils furent arrivés à leur maison de campagne, le marchand et ses trois fils s’occupèrent à labourer la terre. La Belle se levait à quatre heures du matin et se dépêchait de nettoyer la maison et de préparer à dîner pour la famille. Elle eut d’abord beaucoup de peine, car elle n’était pas habituée à travailler comme une servante ; mais, au bout de deux mois, elle devint plus forte et la fatigue lui donna une santé parfaite. Quand elle avait fait son ouvrage, elle lisait, jouait du clavecin, ou bien chantait en filant. Ses deux soeurs, au contraire, s’ennuyaient à mort ; elles se levaient à dix heures du matin, se promenaient toute la journée,et regrettaient leurs beaux habits et leurs amis. « Voyez notre cadette, disaient-elles entre elles, elle est si stupide qu’elle se contente de sa malheureuse situation. » Le bon marchand ne pensait pas comme ses filles. Il savait que la Belle était plus propre que ses soeurs à briller en société. Il admirait la vertu de cette jeune fille et surtout sa patience ; car ses soeurs, non contentes de lui laisser faire tout l’ouvrage de la maison, l’insultaient à tout moment.

Il y avait un an que cette famille vivait dans la solitude, lorsque le marchand reçut une lettre par laquelle on lui annonçait qu’un vaisseau, sur lequel il avait des marchandises, venait d’arriver sans encombre. Cette nouvelle faillit faire tourner la tête à ses deux aînées qui pensaient qu’enfin elles pourraient quitter cette campagne où elles s’ennuyaient tant. Quand elles virent leur père prêt à partir, elles le prièrent de leur apporter des robes, des palatines, des coiffures, et toutes sortes de bagatelles. La Belle ne lui demandait rien, car elle pensait que tout l’argent des marchandises ne suffirait pas à acheter ce que ses sœurs souhaitaient. « Tu ne me pries pas de t’acheter quelque chose ? lui demanda son père. – Puisque vous avez la bonté de penser à moi, lui dit-elle, je vous prie de m’apporter une rose, car on n’en trouve point ici. »Ce n’est pas que la Belle se souciât d’une rose mais elle ne voulait pas condamner, par son exemple, la conduite de ses sœurs qui auraient dit que c’était pour se distinguer qu’elle ne demandait rien.

Le bonhomme partit. Mais quand il fut arrivé, on lui fit un procès pour ses marchandises. Et, après avoir eu beaucoup de peine, il revint aussi pauvre qu’il était auparavant. Il n’avait plus que trente milles à parcourir avant d’arriver à sa maison et il se réjouissait déjà du plaisir de voir ses enfants. Mais, comme il fallait traverser un grand bois avant de trouver sa maison, il se perdit. Il neigeait horriblement ; le vent soufflait si fort qu’il le jeta deux fois à bas de son cheval. La nuit étant venue, il pensa qu’il mourrait de faim ou de froid, ou qu’il serait mangé par des loups qu’il entendait hurler autour de lui.Tout d’un coup, en regardant au bout d’une longue allée d’arbres, il vit une grande lumière, mais qui paraissait bien éloignée. Il marcha de ce côté-là et vit que cette lumière venait d’un grand palais, qui était tout illuminé. Le marchand remercia Dieu du secours qu’il lui envoyait et se hâta d’arriver à ce château ; mais il fut bien surpris de ne trouver personne dans les cours. Son cheval qui le suivait, voyant une grande écurie ouverte, entra dedans ; ayant trouvé du foin et de l’avoine, le pauvre animal, qui mourait de faim, se jeta dessus avec beaucoup d’avidité. Le marchand l’attacha dans l’écurie et marcha vers la maison, où il ne trouva personne ; mais étant entré dans une grande salle, il y trouva un bon feu et une table chargée de viandes, où il n’y avait qu’un couvert

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Ill © Edmund Dulac

Comme la pluie et la neige l’avaient mouillé jusqu’aux os, il s’approcha du feu pour se sécher et disait en lui-même :« Le maître de la maison ou ses domestiques me pardonneront la liberté que j’ai prise, et sans doute ils viendront bientôt ». Il attendit pendant un temps considérable ; mais onze heures ayant sonné sans qu’il vît personne, il ne put résister à la faim et prit un poulet qu’il mangea en deux bouchées, et en tremblant. Il but aussi quelques coups de vin ; devenu plus hardi, il sortit de la salle et traversa plusieurs grands appartements magnifiquement meublés. A la fin, il trouva une chambre où il y avait un bon lit et,comme il était minuit passé et qu’il était las, il prit le parti de fermer la porte et de se coucher.

Il était dix heures du matin quand il s’éveilla le lendemain et il fut bien surpris de trouver un habit fort propre à la place du sien qui était tout gâté. « Assurément, pensa-t-il, ce palais appartient à quelque bonne fée qui a eu pitié de ma situation. » Il regarda par la fenêtre et ne vit plus de neige, mais des berceaux de fleurs qui enchantaient la vue.

Il entra dans la grande salle où il avait soupé la veille et vit une petite table où il y avait du chocolat. « Je vous remercie, madame la fée, dit-il tout haut, d’avoir eu la bonté de penser à mon déjeuner. » Le bonhomme, après avoir pris son chocolat, sortit pour aller chercher son cheval et, comme il passait sous un berceau de roses, il se souvint que la Belle lui en avait demandé, et cueillit une branche où il y en avait plusieurs. 

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A cet instant, il entendit un grand bruit et vit venir à lui une Bête si horrible qu’il fut tout près de s’évanouir.

« Vous êtes bien ingrat, lui dit la Bête d’une voix terrible : je vous ai sauvé la vie en vous recevant dans mon château et, pour ma peine, vous me volez mes roses que j’aime mieux que toute chose au monde : il vous faut mourir pour réparer votre faute. Je ne vous donne qu’un quart d’heure pour demander pardon à Dieu. »

Le marchand se jeta à genoux et dit à la Bête, en joignant les mains : « Monseigneur, pardonnez-moi, je ne croyais pas vous offenser en cueillant une rose pour une de mes filles, qui m’en avait demandé.

– Je ne m’appelle point Monseigneur, répondit le monstre, mais la Bête. Je n’aime pas les compliments, moi, je veux qu’on dise ce qu’on pense ; ainsi ne croyez pas me toucher par vos flatteries. Mais vous m’avez dit que vous aviez des filles. Je veux bien vous pardonner, à condition qu’une de vos filles vienne volontairement pour mourir à votre place. Ne discutez pas, partez ! Et si vos filles refusent de mourir pour vous, jurez que vous reviendrez dans trois mois. »

Le bonhomme n’avait pas dessein de sacrifier une de ses filles à ce vilain monstre ; mais il pensa : « Du moins j’aurai le plaisir de les embrasser encore une fois » . Il jura donc de revenir, et la Bête lui dit qu’ il pourrait partir quand il voudrait. « Mais, ajouta t-elle, je ne veux pas que tu t’en ailles les mains vides. Retourne dans la chambre où tu as couché, tu y trouveras un grand coffre vide, tu peux y mettre tout ce qui te plaira, je le ferai porter chez toi. »

En même temps la Bête se retira et le bonhomme se dit : « S’il faut que je meure, j’aurai la consolation de laisser du pain à mes pauvres enfants » . Il retourna dans la chambre où il avait couché ; y ayant trouvé une grande quantité de pièces d’or, il remplit le coffre dont la Bête lui avait parlé, le ferma et, ayant repris son cheval qu’il retrouva dans l’écurie, il sortit de ce palais avec une tristesse égale à la joie qu’il avait lorsqu’il y était entré. Son cheval prit de lui-même une des routes de la forêt et, en peu d’heures, le bonhomme arriva dans sa petite maison. Ses enfants se rassemblèrent autour de lui ; mais, au lieu d’être sensible à leurs caresses, le marchand se mit à pleurer en les regardant. Il tenait à la main la branche de roses qu’il apportait à la Belle ; il la lui donna et lui dit : « La Belle, prenez ces roses. Elles coûtent bien cher à votre malheureux père ! »

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Et, tout de suite, il raconta à sa famille la funeste aventure qui lui était arrivée. A ce récit, ses deux aînées jetèrent de grands cris, et dirent des injures à la Belle, qui ne pleurait point. « Voyez ce que produit l’orgueil de cette petite créature, disaient-elles. Que ne demandait-elle des robes comme nous : mais non, mademoiselle voulait se distinguer ! Elle va causer la mort de notre père, et elle ne pleure pas !

– Cela serait fort inutile, reprit la Belle : pourquoi pleurerais-je la mort de mon père ? Il ne périra point. Puisque le monstre veut bien accepter une de ses filles, je veux me livrer à toute sa furie et je me trouve fort heureuse puisqu’en mourant j’aurai la joie de sauver mon père et de lui prouver ma tendresse.

– Non, ma soeur, lui dirent ses trois frères, vous ne mourrez pas : nous irons trouver ce monstre, nous périrons sous ses coups si nous ne pouvons le tuer. – Ne l’espérez pas, mes enfants ! leur dit le marchand. La puissance de la Bête est si grande qu’il ne me reste aucune espérance de la faire périr. Je suis charmé du bon coeur de la Belle, mais je ne veux pas l’exposer à la mort. Je suis vieux, il ne me reste que peu de temps à vivre ; ainsi je ne perdrai que quelques années de vie que je ne regrette qu’à cause de vous, mes chers enfants.

– Je vous assure, mon père, dit la Belle, que vous n’irez pas à ce palais sans moi : vous ne pouvez m’empêcher de vous suivre. Quoique je sois jeune, je ne suis pas fort attachée à la vie et j’aime mieux être dévorée par ce monstre que de mourir du chagrin que me donnerait votre perte. »

On eut beau dire, la Belle voulut absolument partir pour le beau palais, et ses soeurs en étaient charmées parce que les vertus de cette cadette leur avaient inspiré beaucoup de jalousie. Le marchand était si occupé de la douleur de perdre sa fille qu’il ne pensait pas au coffre qu’il avait rempli d’or ; mais aussitôt qu’il se fut enfermé dans sa chambre pour se coucher, il fut bien étonné de le trouver au pied de son lit. Il résolut de ne point dire à ses enfants qu’il était devenu riche, parce que ses filles auraient voulu retourner à la ville et qu’il était résolu de mourir dans cette campagne, mais il confia ce secret à la Belle qui lui apprit qu’il était venu quelques gentilshommes pendant son absence, qu’il y en avait deux qui aimaient ses soeurs. Elle pria son père de les marier ; car la Belle était si bonne qu’elle les aimait et leur pardonnait de tout son coeur le mal qu’elles lui avaient fait.

Ces méchantes filles se frottèrent les yeux avec un oignon pour pleurer lorsque la Belle partit avec son père ; mais ses frères pleuraient tout de bon aussi bien que le marchand. Il n’y avait que la Belle qui ne pleurait point parce qu’elle ne voulait pas augmenter leur douleur.

Le cheval prit la route du palais et, sur le soir, ils l’aperçurent illuminé comme la première fois. Le cheval alla tout seul à l’écurie et le bonhomme entra avec sa fille dans la grande salle où ils trouvèrent une table magnifiquement servie, avec deux couverts. Le marchand n’avait pas le coeur de manger, mais la Belle, s’efforçant de paraître tranquille, se mit à la table et le servit.

Puis elle se dit en elle-même : « La Bête veut m’engraisser avant de me manger puisqu’elle me fait faire si bonne chère. » Quand ils eurent soupé, ils entendirent un grand bruit. Le marchand dit adieu à sa pauvre fille en pleurant car il pensait que c’était la Bête. La Belle ne put s’empêcher de frémir en voyant cette horrible figure, mais elle se rassura de son mieux et, le monstre lui ayant demandé si c’était de bon coeur qu’elle était venue, elle lui dit en tremblant que oui.

 « Vous êtes bien bonne, lui dit la Bête, et je vous suis bien obligé. Bonhomme, partez demain matin et ne vous avisez jamais de revenir ici. Adieu, la Belle.

– Adieu, la Bête », répondit-elle, et tout de suite, le monstre se retira.

« Ah ! ma fille, dit le marchand en embrassant la Belle, je suis à demi mort de frayeur. Croyez-moi, laissez-moi ici. – Non, mon père, lui dit la Belle avec fermeté, vous partirez demain matin et vous m’abandonnerez au secours du Ciel ; peut-être aura-t-il pitié de moi. » Ils allèrent se coucher et croyaient ne pas dormir de toute la nuit ; mais à peine furent-ils dans leurs lits que leurs yeux se fermèrent.

Pendant son sommeil, la Belle vit une dame qui lui dit :« Je suis contente de votre bon coeur, la Belle. La bonne action que vous faites, en donnant votre vie pour sauver celle de votre père, ne demeurera pas sans récompense. » La Belle, s’éveillant, raconta ce songe à son père et, quoiqu’il le consolât un peu, cela ne l’empêcha pas de jeter de grands cris quand il fallut se séparer de sa chère fille.

Lorsqu’il fut parti, la Belle s’assit dans la grande salle et se mit à pleurer aussi. Mais comme elle avait beaucoup de courage, elle se recommanda à Dieu et résolut de ne se point chagriner pour le peu de temps qu’elle avait à vivre car elle croyait fermement que la Bête la mangerait le soir. Elle résolut de se promener en attendant et de visiter ce beau château. Elle ne pouvait s’empêcher d’en admirer la beauté. Mais elle fut bien surprise de trouver une porte sur laquelle il avait écrit :

Appartement de la Belle. Elle ouvrit cette porte avecprécipitation et fut éblouie de la magnificence qui y régnait. Mais ce qui frappa le plus sa vue fut une grande bibliothèque, un clavecin et plusieurs livres de musique. « On ne veut pas que je m’ennuie », dit-elle tout bas. Elle pensa ensuite : « Si je n’avais qu’un jour à demeurer ici, on ne m’aurait pas ainsi pourvue. » Cette pensée ranima son courage. Elle ouvrit la bibliothèque et vit un livre où il y avait écrit en lettres d’or : Souhaitez, commandez : vous êtes ici la reine et la maîtresse. « Hélas ! dit-elle en soupirant, je ne souhaite rien que de voir mon pauvre père et de savoir ce qu’il fait à présent. » Elle avait dit cela en elle-même. Quelle fut sa surprise, en jetant les yeux sur un grand miroir, d’y voir sa maison où son père arrivait avec un visage extrêmement triste ! Ses soeurs venaient au-devant de lui et, malgré les grimaces qu’elles faisaient pour paraître affligées, la joie qu’elles avaient de la perte de leur soeur paraissait sur leur visage. Un moment après, tout cela disparut, et la Belle ne put s’empêcher de penser que la Bête était bien complaisante et qu’elle n’avait rien à craindre.

A midi, elle trouva la table mise et, pendant son dîner, elle entendit un excellent concert, quoiqu’elle ne vît personne.

Le soir, comme elle allait se mettre a table, elle entendit le bruit que faisait la Bête et ne put s’empêcher de frémir. « La Belle, lui dit ce monstre, voulez-vous bien que je vous vois  souper ? 

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– Vous êtes le maître, répondit la Belle en tremblant. – Non, reprit la Bête, il n’y a ici de maîtresse que vous. Vous n’avez qu’à me dire de m’en aller si je vous ennuie ; je sortirai tout de suite. Dites-moi, n’est-ce pas que vous me trouvez bien laid ? – Cela est vrai, dit la Belle, car je ne sais pas mentir ; mais je crois que vous êtes fort bon. – Vous avez raison, dit le monstre. Mais outre que je suis laid, je n’ai point d’esprit : je sais bien que je ne suis qu’une Bête. – On n’est pas bête, reprit la Belle, quand on croit n’avoir point d’esprit. Un sot n’a jamais su cela. – Mangez donc, la Belle, dit le monstre, et tâchez de ne point vous ennuyer dans votre maison car tout ceci est à vous, et j’aurai du chagrin si vous n’étiez pas contente. – Vous avez bien de la bonté, dit la Belle. Je vous assure que je suis contente de votre coeur. Quand j’y pense, vous ne me paraissez plus si laid. – Oh ! dame, oui ! répondit la Bête. J’ai le coeur bon, mais je suis un monstre. – Il y a bien des hommes qui sont plus monstres que vous, dit la Belle, et je vous aime mieux avec votre figure, que ceux qui, avec la figure d’homme, cachent un coeur faux, corrompu, ingrat. – Si j’avais de l’esprit, reprit la Bête, je vous ferais un grand compliment pour vous remercier ; mais je suis un stupide, et tout ce que je puis vous dire, c’est que je vous suis bien obligé. » La Belle soupa de bon appétit. Elle n’avait presque plus peur du monstre, mais elle manqua mourir de frayeur lorsqu’il lui dit :« La Belle, voulez-vous être ma femme ? » Elle fut quelque temps sans répondre : elle avait peur d’exciter la colère du monstre en refusant sa proposition. Elle lui dit enfin en tremblant : « Non, la Bête. » Dans le moment, ce pauvre monstre voulut soupirer et il fit un sifflement si épouvantable que tout le palais en retentit ; mais la Belle fut bientôt rassurée, car la Bête, lui ayant dit tristement « Adieu donc, la Belle » , sortit de la chambre en se retournant de temps en temps pour la regarder encore. Belle, se voyant seule, sentit une grande compassion pour cette pauvre Bête. « Hélas ! disait-elle, c’est bien dommage qu’elle soit si laide, elle est si bonne ! »

Belle passa trois mois dans ce palais avec assez de tranquillité. Tous les soirs, la Bête lui rendait visite et parlait avec elle pendant le souper avec assez de bon sens, mais jamais avec ce qu’on appelle esprit dans le monde. Chaque jour, Belle découvrait de nouvelles bontés dans ce monstre : l’habitude de le voir l’avait accoutumée à sa laideur et, loin de craindre le moment de sa visite, elle regardait souvent sa montre pour voir s’il était bientôt neuf heures, car la Bête ne manquait jamais de venir à cette heure-là. 

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Il n’y avait qu’une chose qui faisait de la peine à la Belle, c’est que le monstre, avant de se coucher, lui demandait toujours si elle voulait être sa femme et paraissait pénétré de douleur lorsqu’elle lui disait que non. Elle lui dit un jour : « Vous me chagrinez, la Bête ! Je voudrais pouvoir vous épouser, mais je suis trop sincère pour vous faire croire que cela arrivera jamais : je serai toujours votre amie ; tâchez de vous contenter de cela. – Il le faut bien, reprit la Bête. Je me rends justice ! je sais que je suis horrible, mais je vous aime beaucoup. Aussi, je suis trop heureux de ce que vous vouliez bien rester ici. Promettez-moi que vous ne me quitterez jamais ! » La Belle rougit à ces paroles. Elle avait vu, dans son miroir, que son père était malade de chagrin de l’avoir perdue et elle souhaitait le revoir. « Je pourrais bien vous promettre de ne vous jamais quitter tout à fait, mais j’ai tant envie de revoir mon père que je mourrai de douleur si vous me refusez ce plaisir. – J’aime mieux mourir moi-même, dit le monstre, que de vous donner du chagrin. Je vous enverrai chez votre père, vous y resterez, et votre pauvre Bête en mourra de douleur. 

– Non, lui dit la Belle en pleurant, je vous aime trop pour vouloir causer votre mort. Je vous promets de revenir dans huit jours. Vous m’avez fait voir que mes soeurs sont mariées et que mes frères sont partis pour l’armée. Mon père est tout seul : acceptez que je reste chez lui une semaine. 

– Vous y serez demain au matin, dit la Bête. Mais souvenez-vous de votre promesse : vous n’aurez qu’à mettre votre bague sur une table en vous couchant quand vous voudrez revenir. Adieu, la Belle. » La Bête soupira, selon sa coutume, en disant ces mots, et la Belle se coucha, toute triste de l’avoir affligée. Quand elle se réveilla, le matin, elle se trouva dans la maison de son père et, ayant sonné une clochette qui était à côté du lit, elle vit venir la servante qui poussa un grand cri en la voyant. Le bonhomme accourut à ce cri et manqua de mourir de joie en revoyant sa chère fille, et ils se tinrent embrassés plus d’un quart d’heure.

La Belle, après les premiers transports, pensa qu’elle n’avait point d’habits pour se lever, mais la servante lui dit qu’elle venait de trouver dans la chambre voisine un grand coffre plein de robes d’or, garnies de diamants. Belle remercia la bonne Bête de ses attentions. Elle prit la moins riche de ces robes et dit à la servante de ranger les autres dont elle voulait faire présent à ses soeurs. Mais à peine eut-elle prononcé ces paroles que le coffre disparut. Son père lui dit que la Bête voulait qu’elle gardât tout cela pour elle, et aussitôt les robes et le coffre revinrent à la même place. La Belle s’habilla et, pendant ce temps, on alla avertir ses soeurs qui accoururent avec leurs maris. Elles étaient toutes deux fort malheureuses. 

L’aînée avait épousé un jeune gentilhomme beau comme l’Amour ; mais il était si amoureux de sa propre figure qu’il n’était occupé que de cela depuis le matin jusqu’au soir. La seconde avait épousé un homme qui avait beaucoup d’esprit, mais il ne s’en servait que pour faire enrager tout le monde, à commencer par sa femme. Les soeurs de la Belle manquèrent de mourir de douleur quand elles la virent habillée comme une princesse, et plus belle que le jour. Rien ne put
étouffer leur jalousie, qui augmenta lorsque la Belle leur eut conté combien elle était heureuse. Ces deux jalouses descendirent dans le jardin pour y pleurer tout à leur aise et elles se disaient : « Pourquoi cette petite créature est-elle plus heureuse que nous ? Ne sommes-nous pas plus aimables qu’elle ? 

– Ma soeur, dit l’aînée, il me vient une pensée ! Tâchons de l’arrêter ici plus de huit jours : sa sotte Bête se mettra en colère de ce qu’elle lui aura manqué de parole et peut-être qu’elle la dévorera. 

– Vous avez raison, ma soeur, répondit l’autre. Nous ferons tout pour la retenir ici. » Et, ayant pris cette résolution, elles remontèrent et firent tant d’amitiés à leur soeur que la Belle en pleura de joie. Quand les huit jours furent passés, les deux sœurs s’arrachèrent les cheveux, feignirent tellement d’être affligées de son départ que la Belle promit de rester encore huit jours. Cependant Belle se reprochait le chagrin qu’elle allait donner à sa pauvre Bête qu’elle aimait de tout son coeur. Elle s’ennuyait aussi de ne plus la voir. La dixième nuit qu’elle passa chez son père, elle rêva qu’elle était dans le jardin du palais et qu’elle voyait la Bête couchée sur l’herbe, et prête à mourir, qui lui reprochait son ingratitude.

La Belle se réveilla en sursaut et versa des larmes. « Ne suis-je pas bien méchante, dit-elle, de donner du chagrin à une bête qui a pour moi tant de complaisance ! Est-ce sa faute si elle est si laide ? et si elle a peu d’esprit ? Elle est bonne, cela vaut mieux que tout le reste. Pourquoi n’ai-je pas voulu l’épouser ? Je serais plus heureuse avec elle que mes soeurs avec leurs maris.

Ce n’est ni la beauté ni l’esprit d’un mari qui rendent une femme contente, c’est la bonté du caractère, la vertu, et la Bête a toutes ces bonnes qualités. Je n’ai point d’amour pour elle, mais j’ai de l’estime, de l’amitié et de la reconnaissance. Allons, il ne faut pas la rendre malheureuse ! Je me reprocherais toute ma vie mon ingratitude. »

A ces mots, Belle se lève, met sa bague sur la table et revient se coucher. A peine fut-elle dans son lit qu’elle s’endormit. Quand elle se réveilla le matin, elle vit avec joie qu’elle était dans le palais de la Bête. Elle s’habilla magnifiquement pour lui plaire et s’ennuya à mourir toute la journée, en attendant neuf heures du soir ; mais l’horloge eut beau sonner, la Bête ne parut point. La Belle alors craignit d’avoir causé sa mort. Elle courut tout le palais en jetant de grands cris ; elle était au désespoir. Après avoir cherché partout, elle se souvint de son rêve et courut dans le jardin vers le canal où elle l’avait vue en dormant.

Elle trouva la pauvre Bête étendue, sans connaissance et crut qu’elle était morte. Elle se jeta sur son corps sans avoir horreur de sa figure et, sentant que son coeur battait encore, elle prit de l’eau dans le canal et lui en jeta sur la tête.

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La Bête ouvrit les yeux et dit à la Belle :« Vous avez oublié votre promesse ! Le chagrin de vous avoir perdue m’a fait résoudre à me laisser mourir de faim ; mais je meurs content puisque j’ai le plaisir de vous revoir encore une fois.

– Non, ma chère Bête, vous ne mourrez point ! lui dit la Belle.

Vous vivrez pour devenir mon époux. Dès ce moment, je vous donne ma main et je jure que je ne serai qu’à vous. Hélas ! je croyais n’avoir que de l’amitié pour vous, mais la douleur que je sens me fait voir que je ne pourrais vivre sans vous voir. » A peine la Belle eut-elle prononcé ces paroles qu’elle vit le château  brillant de lumières. Les feux d’artifice, la musique, tout lui annonçait une fête ; mais toutes ces beautés n’arrêtèrent point sa vue. Elle se retourna vers sa chère Bête dont l’état faisait frémir. Quelle ne fut pas sa surprise ? La Bête avait disparu, et elle ne vit plus à ses pieds qu’un prince plus beau que l’Amour, qui la remerciait d’avoir rompu son enchantement. Quoique ce prince méritât toute son attention, elle ne put s’empêcher de lui demander où était la Bête.

« Vous la voyez à vos pieds, lui dit le prince. Une méchante fée m’avait condamné à rester sous cette figure jusqu’à ce qu’une belle fille consentît à m’épouser, et elle m’avait défendu de faire paraître mon esprit. Ainsi il n’y avait que vous dans le monde pour vous laisser toucher par la bonté de mon caractère : en vous offrant ma couronne, je ne puis m’acquitter des obligations que j’ai pour vous. » La Belle, agréablement surprise, donna la main à ce beau prince pour le relever. Ils allèrent ensemble au château et la Belle manqua mourir de joie en trouvant, dans la grand-salle, son père et toute sa famille, que la belle dame qui lui était apparue en songe avait transportés au château.

« Belle, lui dit cette dame, qui était une grande fée, venez recevoir la récompense de votre bon choix : vous avez préféré la vertu à la beauté et à l’esprit. Vous méritez de trouver toutes ces qualités réunies en une même personne. Vous allez devenir une grande reine : j’espère que le trône ne détruira pas vos vertus.

Pour vous, mesdemoiselles, dit la fée aux deux soeurs de Belle, je connais votre coeur et toute la malice qu’il renferme. Devenez deux statues, mais conservez toute votre raison sous la pierre qui vous enveloppera. Vous demeurerez à la porte du palais de votre soeur, et je ne vous impose point d’autre peine que d’être témoins de son bonheur. Vous ne pourrez revenir dans votre premier état qu’au moment où vous reconnaîtrez vos fautes.

Mais j’ai bien peur que vous ne restiez toujours statues. On se corrige de l’orgueil, de la colère, de la gourmandise et de la paresse, mais c’est une espèce de miracle que la conversion d’un coeur méchant et envieux. »

Dans le moment, la fée donna un coup de baguette qui transporta tous ceux qui étaient dans cette salle dans le royaume du prince. Ses sujets le virent avec joie, et il épousa la Belle, qui vécut avec lui fort longtemps, et dans un bonheur parfait, parce qu’il était fondé sur la vertu.

 Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

Illustrations © Walter Crane

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Frérot et Soeurette

Frérot et Soeurette  Alyonushka sœur pleure  son frère Ivanouchka©Viktor Mikhaïlovitch Vasnetsov , 1881

©Viktor Mikhaïlovitch Vasnetsov  1881

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Frérot prit sa soeurette par la main et dit :– Depuis que notre mère est morte, nous ne connaissons plus que le malheur. Notre belle-mère nous bat tous les jours et quand nous voulons nous approcher d’elle, elle nous chasse à coups de pied.

Pour nourriture, nous n’avons que de vieilles croûtes de pain, et le petit chien, sous la table, est plus gâté que nous ; de temps à autre, elle lui jette quelques bons morceaux.Que Dieu ait pitié de nous ! Si notre mère savait cela ! Viens, nous allons partir par le vaste monde !

Tout le jour ils marchèrent par les prés, les champs et les pierrailles et quand la pluie se mit à tomber, soeurette dit :– Dieu et nos coeurs pleurent ensemble !

Au soir, ils arrivèrent dans une grande forêt. Ils étaient si épuisés de douleur, de faim et d’avoir si longtemps marché qu’ils se blottirent au creux d’un arbre et s’endormirent.

Quand ils se réveillèrent le lendemain matin, le soleil était déjà haut dans le ciel et sa chaleur pénétrait la forêt.

Frérot dit à sa soeur :

– Soeurette, j’ai soif. Si je savais où il y a une source, j’y courrais pour y boire ; il me semble entendre murmurer un ruisseau. Il se leva, prit Soeurette par la main et ils partirent tous deux à la recherche de la source. Leur méchante marâtre était en réalité une sorcière et elle avait vu partir les enfants. Elle les avait suivis en secret, sans bruit, à la manière des sorcières, et avait jeté un sort sur toutes les sources de la forêt. Quand les deux enfants en découvrirent une qui coulait comme du vif argent sur les pierres, Frérot voulut y boire

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Frérot et Soeurette © Walter Crane

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Mais Soeurette entendit dans le murmure de l’eau une voix qui disait : « Qui me boit devient tigre. Qui me boit devient tigre. »

Elle s’écria :

– Je t’en prie, Frérot, ne bois pas ; sinon tu deviendras une bête sauvage qui me dévorera. Frérot ne but pas, malgré sa grande soif, et dit :

– J’attendrai jusqu’à la prochaine source.

Quand ils arrivèrent à la deuxième source, Soeurette l’entendit qui disait : « Qui me boit devient loup. Qui me boit devient loup. »

Elle s’écria :

– Frérot, je t’en prie, ne bois pas sinon tu deviendras loup et tu me mangeras.

Frérot ne but pas et dit :

– J’attendrai que nous arrivions à une troisième source, mais alors je boirai, quoi que tu dises, car ma soif est trop grande.

Quand ils arrivèrent à la troisième source, Soeurette entendit dans le murmure de l’eau : « Qui me boit devient chevreuil.Qui me boit devient chevreuil. »

Elle dit :

– Ah ! Frérot, je t’en prie, ne bois pas, sinon tu deviendras chevreuil et tu partiras loin de moi.

Mais déjà Frérot s’était agenouillé au bord de la source, déjà il s’était penché sur l’eau et il buvait. Quand les premières gouttes touchèrent ses lèvres, il fut transformé en jeune chevreuil.

Soeurette pleura sur le sort de Frérot et le petit chevreuil pleura aussi et s’allongea tristement auprès d’elle. Finalement,la petite fille dit :

– Ne pleure pas cher petit chevreuil, je ne t’abandonnerai jamais.

Elle détacha sa jarretière d’or, la mit autour du cou du chevreuil, cueillit des joncs et en tressa une corde souple. Elle y attacha le petit animal et ils s’enfoncèrent toujours plus avant dans la forêt. Après avoir marché longtemps, longtemps, ils arrivèrent à une petite maison.

La jeune fille regarda par la fenêtre et, voyant qu’elle était vide, elle se dit : « Nous pourrions y habiter. » Elle ramassa des feuilles et de la mousse et installa une couche bien douce pour le chevreuil. Chaque matin, elle faisait cueillette de racines, de baies et de noisettes pour elle et d’herbe tendre pour Frérot. Il la lui mangeait dans la main, était content et folâtrait autour d’elle. Le soir, quand Soeurette était fatiguée et avait dit sa prière, elle appuyait sa tête sur le dos du chevreuil -c’était un doux oreiller – et s’endormait.

Leur existence eût été merveilleuse si Frérot avait eu son apparence humaine Pendant quelque temps, ils vécurent ainsi dans la solitude.Il arriva que le roi du pays donna une grande chasse dans la forêt.

On entendit le son des trompes, la voix des chiens et les joyeux appels des chasseurs à travers les arbres. Le petit chevreuil,à ce bruit, aurait bien voulu être de la fête.

– Je t’en prie, Soeurette, laisse-moi aller à la chasse, dit-il ;je n’y tiens plus. Il insista tant qu’elle finit par accepter.

– Mais, lui dit-elle, reviens ce soir sans faute. Par crainte des sauvages chasseurs, je fermerai ma porte. À ton retour, pour que je te reconnaisse, frappe et dis « Soeurette, laisse-moi entrer.» Si tu n’agis pas ainsi, je n’ouvrirai pas.

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Frérot et Soeurette Illustration de Franz Müller-Münster,

Ill © Franz Müller-Münster.

Le petit chevreuil s’élança dehors, tout joyeux de se trouver en liberté. Le roi et ses chasseurs virent le joli petit animal, le poursuivirent, mais ne parvinrent pas à le rattraper. Chaque fois qu’ils croyaient le tenir, il sautait par-dessus les buissons et disparaissait.

Quand vint le soir, il courut à la maison, frappa et dit :

– Soeurette, laisse-moi entrer !

La porte lui fut ouverte, il entra et se reposa toute la nuit sur sa couche moelleuse. Le lendemain matin, la chasse recommença et le petit chevreuil entendit le son des cors et les « Oh ! Oh ! » des chasseurs. Il ne put résister.

– Soeurette, ouvre, ouvre, il faut que je sorte ! dit-il.

Soeurette ouvrit et lui dit :

– Mais ce soir il faut que tu reviennes et que tu dises les mêmes mots qu’hier.

Quand le roi et ses chasseurs revirent le petit chevreuil au collier d’or, ils le poursuivirent à nouveau. Mais il était trop rapide, trop agile. Cela dura toute la journée. Vers le soir, les chasseurs finirent par le cerner et l’un d’eux le blessa légèrement au pied, si bien qu’il boitait et ne pouvait plus aller que lentement.Un chasseur le suivit jusqu’à la petite maison et l’entendit dire :– Soeurette, laisse-moi entrer !

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Illustration de Heinrich Leutemann ou Carl Offterdinger fin du XIXe siècle

Ill © Carl Offterdinger fin du XIXe siècle.

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Il vit que l’on ouvrait la porte et qu’elle se refermait aussitôt.

Il enregistra cette scène dans sa mémoire, alla chez le roi et lui raconta ce qu’il avait vu et entendu. Alors le roi dit : – Demain nous chasserons encore !

Soeurette avait été fort affligée de voir que son petit chevreuil était blessé. Elle épongea le sang qui coulait, mit des herbes sur la blessure et dit :

– Va te coucher, cher petit chevreuil, pour que tu guérisses bien vite.

La blessure était si insignifiante qu’au matin il ne s’en ressentait plus du tout. Quand il entendit de nouveau la chasse ildit :

– Je n’y tiens plus ! Il faut que j’y sois ! Ils ne m’auront pas. Soeurette pleura et dit :

– Ils vont te tuer et je serai seule dans la forêt, abandonnée de tous. Je ne te laisserai pas sortir !

– Alors je mourrai ici de tristesse, répondit le chevreuil.

Quand j’entends le cor, j’ai l’impression que je vais bondir hors de mes sabots. Soeurette n’y pouvait plus rien. Le coeur lourd, elle ouvrit la

porte et le petit chevreuil partit joyeux dans la forêt. Quand le roi le vit, il dit à ses chasseurs :

– Poursuivez-le sans répit tout le jour, mais que personne ne lui fasse de mal !

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Dessin de Walter Crane

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Quand le soleil fut couché, il dit à l’un des chasseurs :

– Maintenant tu vas me montrer la petite maison !

Quand il fut devant la porte, il frappa et dit :

– Soeurette, laisse-moi entrer !

La porte s’ouvrit et le roi entra. Il aperçut une jeune fille si belle qu’il n’en avait jamais vu de pareille. Quand elle vit que ce n’était pas le chevreuil, mais un homme portant une couronne d’or sur la tête qui entrait, elle prit peur. Mais le roi la regardait avec amitié, lui tendit la main et dit :

– Veux-tu venir à mon château et devenir ma femme ?

– Oh ! oui, répondit la jeune fille, mais il faut que le chevreuil vienne avec moi, je ne l’abandonnerai pas.

Le roi dit :

– Il restera avec toi aussi longtemps que tu vivras et il ne manquera de rien.

Au même instant, le chevreuil arriva. Soeurette lui passa sa laisse et, la tenant elle-même à la main, quitta la petite maison.

Le roi prit la jeune fille sur son cheval et la conduisit dans son château où leurs noces furent célébrées en grande pompe. Soeurette devint donc altesse royale et ils vécurent ensemble et heureux de longues années durant.

On était aux petits soins pour le chevreuil qui avait tout loisir de gambader dans le parc clôturé. Cependant, la marâtre méchante, à cause de qui les enfants étaient partis par le monde, s’imaginait que Soeurette avait été mangée par les bêtes sauvages de la forêt et que Frérot, transformé en chevreuil, avait été tué par les chasseurs. Quand elle apprit que tous deux vivaient heureux, l’envie et la jalousie remplirent son coeur et ne la laissèrent plus en repos. Elle n’avait d’autre idée en tête que de les rendre malgré tout malheureux.

Et sa véritable fille, qui était laide comme la nuit et n’avait qu’un oeil, lui faisait des reproches, disant

– C’est moi qui aurais dû devenir reine !

– Sois tranquille ! disait la vieille. Lorsque le moment viendra, je m’en occuperai.

Le temps passa et la reine mit au monde un beau petit garçon.

Le roi était justement à la chasse. La vieille sorcière prit l’apparence d’une camériste, pénétra dans la chambre où se trouvait la reine et lui dit:

– Venez, votre bain est prêt. Il vous fera du bien et vous donnera des forces nouvelles. Faites vite avant que l’eau ne refroidisse.

Sa fille était également dans la place. Elles portèrent la reine affaiblie dans la salle de bains et la déposèrent dans la baignoire. Puis elles fermèrent la porte à clef et s’en allèrent. Dans la salle de bains, elles avaient allumé un feu d’enfer, pensant que la reine étoufferait rapidement. Ayant agi ainsi, la vieille coiffa sa fille d’un béguin et la fit coucher dans le lit, à la place de la reine dont elle lui avait donné la taille et l’apparence.

Mais elle n’avait pu remplacer l’oeil qui lui manquait. Pour que le roi ne s’en aperçût pas, elle lui ordonna de se coucher sur le côté où elle n’avait pas oeil. Le soir, quand le roi revint et apprit qu’un fils lui était né, il se réjouit en son coeur et voulut se rendre auprès de sa chère épouse pour prendrede ses nouvelles. La vieille s’écria aussitôt :

– Prenez bien garde de laisser les rideaux tirés ; la reine ne doit voir aucune lumière elle doit se reposer !Le roi se retira. Il ne vit pas qu’une fausse reine était couchée dans le lit.

Quand vint minuit et que tout fut endormi, la nourrice, qui se tenait auprès du berceau dans la chambre d’enfant et qui seule veillait encore, vit la porte s’ouvrir et la vraie reine entrer. Elle sortit l’enfant du berceau, le prit dans ses bras et lui donna à boire. Puis elle tapota son oreiller, le recoucha, le couvrit et étendit le couvre-pieds.

Elle n’oublia pas non plus le petit chevreuil, s’approcha du coin où il dormait et le caressa.

Puis, sans bruit, elle ressortit et, le lendemain matin, lorsque la nourrice demanda aux gardes s’ils n’avaient vu personne entrer au château durant la nuit, ceux-ci répondirent :

– Non, nous n’avons vu personne.

La reine vint ainsi chaque nuit, toujours silencieuse. La nourrice la voyait bien, mais elle n’osait en parler à personne.Au bout d’un certain temps, la reine commença à parler dans la nuit et dit :

– Que devient mon enfant ? Que devient mon chevreuil ? Deux fois encore je reviendrai ; ensuite plus jamais.

La nourrice ne lui répondit pas. Mais quand elle eut disparu,elle alla trouver le roi et lui raconta tout. Le roi dit alors :

– Mon Dieu, que signifie cela ? Je veillerai la nuit prochaine auprès de l’enfant.Le soir, il se rendit auprès du berceau et, à minuit, la reine parut et dit à nouveau :

– Que devient mon enfant ? Que devient mon chevreuil ?

Une fois encore je reviendrai ensuite plus jamais.Elle s’occupa de l’enfant comme à l’ordinaire avant de disparaître.

Le roi n’osa pas lui parler, mais il veilla encore la nuit suivante. De nouveau elle dit :

– Que devient mon enfant ? Que devient mon chevreuil ?

Cette fois suis revenue, jamais ne reviendrai. Le roi ne put se contenir. Il s’élança vers elle et dit :

– Tu ne peux être une autre que ma femme bien-aimée !

Elle répondit :

– Oui, je suis ta femme chérie.

Et, en même temps, par la grâce de Dieu, la vie lui revint.

Elle était fraîche, rose et en bonne santé. Elle raconta alors au roi le crime que la méchante sorcière et sa fille avaient perpétré contre elle. Le roi les fit comparaître toutes deux devant le tribunal où on les jugea. La fille fut conduite dans la forêt où les bêtes sauvages la déchirèrent. La sorcière fut jetée au feu et brûla atrocement. Quand il n’en resta plus que des cendres, le petit chevreuil se transforma et retrouva forme humaine. Soeurette et Frérot vécurent ensuite ensemble, heureux jusqu’à leur mort.

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Le frère est délivré. Illustration de Carl Offterdinger

Ill © Carl Offterdinger

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Grimm.

Ce conte, tout comme Les Douze Frères ,Les Sept Corbeaux et Les Six Frères Cygnes montre une femme qui sauve son ou ses frères

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