….. « Je voudrais bien savoir si mes fleurs sont encore dans le lit de Sophie ! Oui, je voudrais le savoir. »

Little Ida's Flowers 2

Elle se leva à moitié et jeta les yeux sur la porte entre-bâillée. Elle écouta, et il lui sembla qu’elle entendait toucher du piano dans le salon, mais si doucement et si délicatement qu’elle n’avait jamais entendu rien de pareil.

« Ce sont sans doute les fleurs qui dansent. Ah ! mon Dieu ! que je voudrais les voir ! »

Mais elle n’osa pas se lever tout à fait, de peur de réveiller son père et sa mère.

« Oh ! si elles voulaient entrer ici ! pensa-t-elle.

Mais les fleurs ne vinrent pas, et la musique continua de jouer bien doucement. À la fin, elle ne put y tenir ; c’était trop joli. Elle quitta son petit lit et alla sur la pointe du pied à la porte pour regarder dans le salon. Oh ! que c’était superbe, ce qu’elle vit !

Il n’y avait point de veilleuse, il est vrai ; mais pourtant il y faisait bien clair. Les rayons de la lune tombaient par la fenêtre sur le plancher ; on y voyait presque comme en plein jour.

Hans Christian Andersen’s Little Ida’s Flowers.

Toutes les jacinthes et les tulipes étaient debout sur deux longues rangées ; pas une ne restait à la fenêtre ; tous les pots étaient vides. Sur le plancher, toutes les fleurs dansaient joliment les unes au milieu des autres, faisaient toute espèce de figures, et se tenaient par leurs longues feuilles vertes pour faire la grande ronde.

Au piano était assis un grand lis jaune, avec qui la petite Ida avait fait connaissance dans l’été ; car elle se rappelait fort bien que l’étudiant avait dit : « Regarde comme ce lis ressemble à Mlle Caroline. »

Tout le monde s’était moqué de lui, et cependant la petite Ida crut alors reconnaître que la grande fleur jaune ressemblait d’une manière étonnante à cette demoiselle. Elle avait en touchant du piano absolument les mêmes manières ; elle penchait sa longue figure jaune, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre et battait aussi la mesure avec la tête.

Personne n’avait remarqué la petite Ida. Elle aperçut ensuite un grand crocus bleu qui sautait au milieu de la table où étaient ses joujoux et qui alla ouvrir le rideau du lit de la poupée.

© Jeremie Fleury

© Jeremie Fleury

C’est là qu’étaient couchées les fleurs malades ; elles se levèrent aussitôt et dirent aux autres par un signe de tête qu’elles avaient aussi envie de danser. Le vieux bonhomme du vase aux parfums, qui avait perdu la lèvre inférieure, se leva et fit un compliment aux belles fleurs. Elles reprirent leur bonne mine, se mêlèrent aux autres et se montrèrent on ne peut plus joyeuses.

Tout à coup, quelque chose tomba de la table ; Ida regarda : c’était la verge qui s’élançait à terre ; elle aussi parut vouloir prendre part à la fête des fleurs.

Sur elle était assise une petite poupée de cire, qui portait un grand et large chapeau absolument semblable à celui du conseiller. La verge sauta au milieu des fleurs, montée sur ses trois échasses rouges, et se mit à marquer fortement la mesure en dansant une mazurka ; il n’y avait qu’elle qui en fût capable : les autres fleurs étaient trop légères et n’auraient jamais pu faire entendre le même bruit avec leurs pieds.

Tout à coup, la poupée accrochée à la verge s’allongea et grandit, se tourna vers les autres fleurs, et s’écria tout haut 

-« Comment peut-on mettre de telles choses dans la tête d’un enfant ? C’est une fantaisie stupide ! »

© Anne Anderson.

© Anne Anderson.

Et la poupée de cire ressemblait alors extraordinairement au conseiller avec son large chapeau ; elle avait le même teint jaune et le même air grognon. Mais ses longues jambes frêles expièrent son exclamation : les fleurs les frappèrent rudement ; elle se ratatina soudain, et redevint une toute petite poupée.

Comme tout cela était amusant à voir !

La petite Ida ne put s’empêcher de rire. La verge continua de danser, et le conseiller était obligé de danser avec elle, malgré toute sa résistance, quoique tantôt il se fît grand et long, et tantôt reprît les proportions de la petite poupée au grand chapeau noir. Mais enfin les autres fleurs intercédèrent pour lui, surtout celles qui sortaient du lit de la poupée ; la verge se laissa toucher par leurs instances et se tint tranquille.

Puis quelqu’un frappa violemment dans le tiroir où étaient enfermés les autres joujoux d’Ida. L’homme du vase aux parfums courut jusqu’au bord de la table, s’étendit sur le ventre, et réussit à ouvrir un peu le tiroir. Tout à coup Sophie se leva et regarda tout étonnée autour d’elle. « Il y a donc bal ici ! dit-elle ; pourquoi personne ne me l’a-t-il dit ?

— Veux-tu danser avec moi ? dit l’homme aux parfums.

— Par exemple, en voilà un danseur ! » dit-elle, et elle lui tourna le dos.

© Leroux

© Leroux

Elle s’assit ensuite sur le tiroir et pensait qu’une des fleurs allait venir l’inviter. Mais aucune d’elles ne se présenta : elle eut beau tousser et faire hum ! hum ! aucune n’approcha.

L’homme se mit à danser tout seul, et s’en acquitta assez bien.

Comme aucune des fleurs ne semblait faire attention à Sophie, elle se laissa tomber avec un grand bruit du tiroir sur le plancher. Toutes les fleurs accoururent, lui demandèrent si elle s’était fait mal, et se montrèrent très-aimables avec elle, surtout celles qui avaient couché dans son lit.

Elle ne s’était pas fait le moindre mal, et les fleurs d’Ida la remercièrent de son bon lit, la conduisirent au milieu de la salle, où brillait la lune, et se mirent à danser avec elle. Toutes les autres fleurs faisaient cercle pour les voir. Sophie, joyeuse, leur dit qu’elles pouvaient désormais garder son lit, qu’il lui était égal de coucher dans le tiroir.

Les fleurs lui répondirent 

– « Nous te remercions cordialement ; nous ne pouvons pas vivre si longtemps. Demain nous serons mortes. Mais dis à la petite Ida qu’elle nous enterre là, dans l’endroit du jardin où est enterré le petit oiseau des Canaries. Nous ressusciterons dans l’été et nous reviendrons bien plus belles.

— Non, il ne faut pas que vous mouriez, dit Sophie ; » et elle baisa les fleurs.

Mais au même instant, la porte du grand salon s’ouvrit, et une foule pressée de fleurs magnifiques entra en dansant. Ida ne pouvait comprendre d’où elles venaient.

Sans doute, c’étaient toutes les fleurs du jardin du roi ! À leur tête marchaient deux roses éblouissantes qui portaient de petites couronnes d’or : c’étaient le roi et la reine.

Little Ida's Flowers3

Ensuite vinrent les plus charmantes giroflées, les plus beaux œillets, qui saluaient de tous côtés.

Ils étaient accompagnés d’une troupe de musique ; de grands pavots et des pivoines soufflaient si fort dans des cosses de pois qu’ils en avaient la figure toute rouge ; les jacinthes bleues et les petites perce-neiges sonnaient comme si elles portaient de véritables sonnettes.

C’était une musique bien remarquable ; toutes les autres fleurs se joignirent à la bande nouvelle, et on vit danser violettes et amarantes, pâquerettes et marguerites. Elles s’embrassèrent toutes les unes les autres. C’était un spectacle délicieux.

Ensuite, les fleurs se souhaitèrent une bonne nuit, et la petite Ida se glissa dans son lit, où elle rêva à tout ce qu’elle avait vu.

Le lendemain, dès qu’elle fut levée, elle courut à la petite table pour voir si les fleurs y étaient toujours. Elle ouvrit les rideaux du petit lit ; elles s’y trouvaient toutes, mais encore bien plus desséchées que la veille. Sophie était couchée dans le tiroir où elle l’avait placée, et avait l’air d’avoir grand sommeil.

« Te rappelles-tu ce que tu as à me dire ? » lui dit la petite Ida.

Mais Sophie avait une mine tout étonnée, et ne répondit pas un mot.

« Tu n’es pas bonne ; dit Ida ; pourtant, elles ont toutes dansé avec toi »

Elle prit ensuite une petite boîte de papier qui contenait des dessins de beaux oiseaux, et elle y mit les fleurs mortes.

Little Ida's Flowers1

« Voilà votre joli petit cercueil, dit-elle. Et plus tard, lorsque mes petits cousins viendront me voir, ils m’aideront à vous enterrer dans le jardin, pour que vous ressuscitiez dans l’été et que vous reveniez plus belles. »Les cousins de la petite Ida étaient deux joyeux garçons ; ils s’appelaient Jonas et Adolphe. Leur père leur avait donné deux arbalètes, et ils les emportèrent pour les montrer à Ida.

La petite fille leur raconta l’histoire des pauvres fleurs qui étaient mortes et les invita à l’enterrement.

Les deux garçons marchèrent devant avec leurs arbalètes sur l’épaule, et la petite Ida suivit avec les fleurs mortes dans le joli cercueil ; on creusa une petite fosse dans le jardin ; Ida, après avoir donné un dernier baiser aux fleurs, déposa le cercueil dans la terre. Adolphe et Jonas tirèrent des coups d’arbalète au-dessus de la tombe ; car ils ne possédaient ni fusil ni canon.

Hans Christian Andersen 1835

a une fleur1

A une fleur

Que me veux-tu, chère fleurette,
Aimable et charmant souvenir ?
Demi-morte et demi-coquette,
Jusqu’à moi qui te fait venir ?

Sous ce cachet enveloppée,
Tu viens de faire un long chemin.
Qu’as-tu vu ? que t’a dit la main
Qui sur le buisson t’a coupée ?

N’es-tu qu’une herbe desséchée
Qui vient achever de mourir ?
Ou ton sein, prêt à refleurir,
Renferme-t-il une pensée ?

Ta fleur, hélas ! a la blancheur
De la désolante innocence ;
Mais de la craintive espérance
Ta feuille porte la couleur.

As-tu pour moi quelque message ?
Tu peux parler, je suis discret.
Ta verdure est-elle un secret ?
Ton parfum est-il un langage ?

a une fleur

S’il en est ainsi, parle bas,
Mystérieuse messagère ;
S’il n’en est rien, ne réponds pas ;
Dors sur mon coeur, fraîche et légère.

Je connais trop bien cette main,
Pleine de grâce et de caprice,
Qui d’un brin de fil souple et fin
A noué ton pâle calice.

Cette main-là, petite fleur,
Ni Phidias ni Praxitèle
N’en auraient pu trouver la soeur
Qu’en prenant Vénus pour modèle.

Elle est blanche, elle est douce et belle,
Franche, dit-on, et plus encor ;
A qui saurait s’emparer d’elle
Elle peut ouvrir un trésor.

Mais elle est sage, elle est sévère ;
Quelque mal pourrait m’arriver.
Fleurette, craignons sa colère.
Ne dis rien, laisse-moi rêver.

A de Musset

a une fleur 2

Waltz of the Blossoming Trees

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À propos de chantecler18

Curieuse de tout j’aime partager tout simplement ,plutôt “electron libre ” j’ai des petites révoltes ,déteste le mensonge ,l’hypocrisie ,la méchanceté ,en résumé ” Un chat est un chat “ un peu décalé J’aime essentiellement ma liberté même si elle demande des sacrifices conséquents Adore les animaux ,la nature , mer et campagne la photographie ,la peinture ,l’architecture ,la poésie (des autres) l’actualité et ……les voyages ,parcourir la planète même dans le virtuel Dernière activité Rêver Pas de chichis ,pas de bla bla ,pas de jasette ...Pas de complication Rien que des petits bonheurs ☼ pour s'évader ensemble ♫ ♪ ♫

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