Van_Gogh_Trois cabanes de gardians, 1888

©Van Gogh Trois cabanes de gardians, 1888

extrait des Lettres de mon Moulin

La Cabane

Un toit de roseaux, des murs de roseaux desséchés et jaunes, c’est la cabane. Ainsi s’appelle notre rendez-vous de chasse. Type de la maison camarguaise, la cabane se compose d’une unique pièce, haute, vaste, sans fenêtres, et prenant jour par une porte vitrée qu’on ferme le soir avec des volets pleins. Tout le long des grands murs crépis, blanchis à la chaux, des râteliers attendent les fusils, les carniers, les bottes de marais.

Au fond, cinq ou six berceaux sont rangés autour d’un vrai mât planté au sol et montant jusqu’au toit auquel il sert d’appui. La nuit, quand le mistral souffle et que la maison craque de partout, avec la mer lointaine et le vent qui la rapproche, porte son bruit, le continue en l’enflant, on se croirait couché dans la chambre d’un bateau.
Mais c’est l’après-midi surtout que la cabane est charmante.

Par nos belles journées d’hiver méridional, j’aime rester tout seul près de la haute cheminée où fument quelques pieds de tamaris. Sous les coups du mistral ou de la tramontane, la porte saute, les roseaux crient, et toutes ces secousses sont un bien petit écho du grand ébranlement de la nature autour de moi. Le soleil d’hiver fouetté par l’énorme courant s’éparpille, joint ses rayons, les disperse. De grandes ombres courent sous un ciel bleu admirable.

La lumière arrive par saccades, les bruits aussi ; et les sonnailles des troupeaux entendues tout à coup, puis oubliées, perdues dans le vent, reviennent chanter sous la porte ébranlée avec le charme d’un refrain… [heure exquise, c’est le crépuscule, un peu avant que les chasseurs n’arrivent.

Alors le vent s’est calmé. Je sors un moment. En paix le grand soleil rouge descend, enflammé, sans chaleur.
La nuit tombe, vous frôle en passant de son aile noire tout humide. Là-bas, au ras du sol, la lumière d’un coup de feu passe avec l’éclat d’une étoile rouge, avivée par l’ombre environnante.

Dans ce qui reste de jour, la vie se hâte. Un long triangle de canards vole très bas, comme s’ils voulaient prendre terre ; mais tout à coup la cabane, où le soleil est allumé, les éloigne : celui qui tient la tête de la colonne dresse le cou, remonte, et tous les autres derrière lui s’emportent plus haut avec des cris sauvages.
Bientôt un piétinement immense se rapproche, pareil à un bruit de pluie. Des milliers de moutons, rappelés par les bergers, harcelés par les chiens, dont on entend le galop confus et l’haleine haletante, se pressent vers les parcs, peureux et indisciplinés. Je suis envahi, frôlé, confondu dans ce tourbillon de laines frisées, de bêlements ; une houle véritable où les bergers semblent portés avec leur ombre par des flots bondissants…

Derrière les troupeaux, voici des pas connus, des voix joyeuses . La cabane est pleine, animée, bruyante. Les sarments flambent. On rit d’autant plus qu’on est plus las. C’est un étourdissement d’heureuse fatigue, les fusils dans un coin, les grandes bottes jetées pêle-mêle, les carniers vides, et à côté les plumages roux, dorés, verts, argentés, tout tachés de sang.

La table est mise ; et dans la fumée d’une bonne soupe d’anguilles, le silence se fait, le grand silence des appétits robustes, interrompu seulement par les grognements féroces des chiens qui lapent leur écuelle à tâtons devant la porte…

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Cabane de gardian aux Saintes-Maries-de-la-Mer par Yvan Pranishnikoff en 1899_

Cabane de gardian aux Saintes-Maries-de-la-Mer © Yvan Pranishnikoff  1899

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Le Vaccarès

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Etang du Vaccarès, Camargue Anne Vincent

Etang du Vaccarès, Camargue© Anne Vincent

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Ce qu’il y a de plus beau en Camargue, c’est le Vaccarès.
Souvent, abandonnant la chasse, je viens m’asseoir au bord de ce lac salé, une petite mer qui semble un morceau de la grande, enfermé dans les terres et devenu familier par sa captivité même. Au lieu de ce dessèchement, de cette aridité qui attristent d’ordinaire les côtes, le Vaccarès, sur son rivage un peu haut, tout vert d’herbe fine, veloutée, étale une flore originale et charmante : des centaurées, des trèfles d’eau, des gentianes, et ces jolies saladelles bleues en hiver rouges en été, qui transforment leur couleur au changement d’atmosphère, et dans une floraison ininterrompue marquent les saisons de leurs tons divers.
Vers cinq heures du soir, à l’heure où le soleil décline, ces trois lieues d’eau sans une barque, sans une voile pour limiter, transformer leur étendue, ont un aspect admirable.
Ce n’est plus le charme intime des clairs, des roubines**, apparaissant de distance en distance entre les plis d’un terrain fameux sous lequel on sent l’eau filtrer partout, prête à se montrer à la moindre dépression du sol. Ici, l’impression est grande, large.
De loin, ce rayonnement de vagues attire des troupes de macreuses, des hérons, des butors, des flamants au ventre blanc, aux ailes roses, s’alignant pour pêcher tout le long du rivage, de façon à disposer leurs teintes diverses en une longue bande égale ; et puis des ibis, de vrais ibis d’Égypte, bien chez eux dans ce soleil splendide et ce paysage muet.

De ma place, en effet, je n’entends rien que l’eau qui clapote, et la voix du gardien qui rappelle ses chevaux dispersés sur le bord. ils ont tous des noms retentissants :
“ Cifer !… (Lucifer)..l’estello !… L’estoumello !… ” Chaque bête, en s’entendant nommer, accourt, la crinière au vent, et vient manger l’avoine dans la main du gardien.
Plus loin, toujours sur la même rive, se trouve une grande manado (troupeau) de boeufs paissant en liberté comme les chevaux. De temps en temps, j’aperçois au dessus d’un bouquet de tamaris l’arête de leurs dos courbés, et leurs petites cornes en croissant qui se dressent.

La plupart de ces boeufs de Camargue sont élevés pour courir dans les férrades, les fêtes de villages ; et quelques-uns ont des noms déjà célèbres par tous les cirques de Provence et de Languedoc. C’est ainsi que la manado voisine compte entre autres un terrible combattant, appelé le Roman, qui a décousu je ne sais combien d’hommes et de chevaux aux courses d’Arles, de Nîmes, de Tarascon.

Aussi ses compagnons l’ont-ils pris pour chef ; car, dans ces étranges troupeaux, les bêtes se gouvernent elles-mêmes, groupées autour d’un vieux taureau qu’elles adoptent comme conducteur. Quand un ouragan tombe sur la Camargue, terrible dans cette grande plaine où rien ne le détourne, ne l’arrête, il faut voir la manado se serrer derrière son chef, toutes les têtes baissées tournant du côté du vent ces larges fronts où la force du boeuf se condense.

Nos bergers provençaux appellent cette manoeuvre : vira la bano au giscle- tourner la corne au vent. Et malheur aux troupeaux qui ne s’y conforment pas ! Aveuglée par la pluie, entraînée par l’ouragan, la manado en déroute tourne sur elIe-même, s’effare, se disperse, et les boeufs éperdus, courant devant eux pour échapper à la tempête, se précipitent dans le Rhône, dans le Vaccarès ou dans la mer.

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Clodine Colomer Roubine du Vaccarès

©Clodine Colomer  Roubine du Vaccarès

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Cabane de gardian

Murs blanchis à la chaux, son toit de roseaux surmonté d’une croix. Le plus souvent sans fenêtre, seule une porte vitrée laisse entrer le jour dans l’unique pièce.

Alphonse Daudet dans un poème écrit en Provençal :

« Comme il fait bon quand le mistral
Frappe à la porte avec ses cornes
Etre tout seul dans la cabane
Tout seul comme un mas de Crau
Et voir par un petit trou
Là-bas, loin, dans les salicornes
Luire les marais de Giraud
Et ne rien entendre que le mistral
Frappant à la porte avec ses cornes,
Puis de temps à autre les clochettes
Des chevaux de la tour de Brau. »
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gardian_et_cabane_dans_la_lagune_en_camargue Maurice Barle-_XX_eme

Gardian et cabane dans la lagune en Camargue ©Maurice Barle

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Les Gardians

Sur leurs blancs chevaux, ils vont de-ci, de-là,
gardians de Camargue qui battent la charge
à coups d’éperons. Petits-fils des Croisés,
les tridents croisés, ils sont les défenseurs,
gardiens du terroir, que nous leur avons confié.

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Extrait du poème
Gardians de Camargue de Louis Fournaud

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Couleurs Camargue

http://youtu.be/pWZaduUZ_Uo

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À propos de chantecler18

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