La Libellule

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Les libellules

Sur l’onde calme et lisse dansent les libellules
Et leur ballet léger, élégant et gracile
Rythme le vent qui glisse sur les bulles…
Fluidité des petites pattes habiles

Fils de lumière lus comme une élégie
A la lune qui luit dans son lointain hâlo
L’air allie les effluves lentes des ancolies
Au lilas blanc qui brille au bord de l’eau

Soudain la brise lève, et le caprice du vent
Qui souffle en risées, balaie ces ballerines
Fragiles, et les fines aiguilles d’argent
Se fondent dans les lueurs purpurines

L’étang se ride, la nuit calme répond en écho…

Didier Meral

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© Warwick Goble dragonfly pond

© Warwick Goble dragonfly pond

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Histoire d’une libellule

Au fond d’un vieux marécage vivaient quelques larves qui ne pouvaient comprendre pourquoi nul du groupe ne revenait après avoir rampé le long des tiges de lys jusqu’à la surface de l’eau. Elles se promirent l’une à l’autre que la prochaine qui serait appelée à monter reviendrait dire aux autres ce qui lui était arrivé.

Bientôt, l’une se sentit poussée de façon irrésistible à gagner la surface ; elle se reposa au sommet d’une feuille de lys et subit une magnifique transformation qui fit d’elle une libellule avec de forts jolies ailes.

Elle essaya en vain de tenir sa promesse. Volant d’un bout à l’autre du marais, elle voyait bien ses amies en bas. Alors, elle comprit que même si elles avaient pu la voir, elles n’auraient pas reconnu comme une des leurs une créature si radieuse.

Le fait que nous ne pouvons voir nos amis et communiquer avec eux après la transformation que nous appelons la mort n’est pas une preuve qu’ils ont cessé d’exister.

Walter Dudley Cavert

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© Gustave Moreau La Libellule

© Gustave Moreau La Libellule

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Dans de nombreuses cultures occidentales, les libellules étaient – voire sont toujours – considérées comme mauvaise ou diabolique. “Poux de Serpent” ou “Aiguilles du Diable” sont quelques-uns des surnoms donnés à ces insectes, et la croyance selon laquelle les libellules mordent ou piquent demeure vivace.

Les libellules sont en fait inoffensives pour l’homme.

Au Japon

Les libellules sont considérées comme des insectes porte-chance. Comme elles volent toujours vers l’avant sans jamais reculer, elles sont un symbole de persévérance qui inspira surtout les guerriers samouraïs des siècles précédents dans leurs batailles.

Au Japon, il existe environ 200 espèces de libellules, la quasi-totalité ayant une appellation traditionnelle propre. On en trouve de toutes les couleurs.

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© mickey40

© mickey40

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La libellule est un insecte invertébré. Elle a sur sa tête une paire de très courtes antennes et deux yeux composés qui lui donnent une vue très perçante.

Elle a deux paires d’ailes, qui lui permettent de voler à grande vitesse. Elle a trois paires de pattes pour s’agripper aux plantes et s’y tenir

La libellule vit le jour au bord des étangs et des rivières. Son vol est silencieux et très rapide.

Elle se nourrit d’insectes qu’elle capture en vol. Papillons, moustiques, mouches…… Ses ennemis sont les oiseaux et les araignées.

Au mois de mai c’est la période de reproduction. La femelle pondra jusqu’à 600 oeufs. Elle perce un trou dans la tige d’une plante pour y déposer ses oeufs.

Elle pond même sous l’eau dans des tiges et même parfois elle abandonne tout simplement ses oeufs à la surface.

La larve grossit, la peau de son dos éclate pour laisser place à une larve plus grosse. Cette larve passera tout l’hiver sous l’eau. La larve montera le long d’une tige pour sortir de l’eau, sa peau se déchirera encore une fois et une libellule naîtra.
La vie d’une libellule est de courte durée puisqu’elle meurt à l’automne.

Les « Demoiselles » sont sa proche parente, mais elles ont deux paires d’ailes de mêmes longueurs et volent moins vite.

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Symboles ,Croyances 

Au Japon   

Les libellules sont considérées comme des insectes porte-chance. Comme elles volent toujours vers l’avant sans jamais reculer, elles sont un symbole de persévérance qui inspira surtout les guerriers samouraïs des siècles précédents dans leurs batailles.

Au Japon, il existe environ 200 espèces de libellules, la quasi-totalité ayant une appellation traditionnelle propre. On en trouve de toutes les couleurs.

La libellule est le symbole du Japon, pays qu’on désigne parfois sous le nom « d’île de la libellule ».

Cette dénomination ne s’explique pas seulement par la forme générale de l’île de Hondô, mais elle proviendrait de l’exclamation légendaire de Jimmu-tennô, fondateur de la dynastie, alors qu’il contemplait le pays d’une hauteur : « On dirait une libellule » et il baptisa aussitôt son pays « Ile des libellules ». Certains guerriers l’adoptèrent comme blason. 

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En Angleterre « dragonfly » on disait que leur corps se transformait en aiguilles et cousaient les bouches des enfants menteurs.

Chez les Hopi de l’Arizona, en Amérique du Nord, la libellule représente la vie et orne de nombreuses poteries.

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Bol de l'ancien village de Hopi Sikyátki (1400-1625 AD), avec le symbole de libellule.

Bol de l’ancien village de Hopi Sikyátki (1400-1625 AD), avec le symbole de libellule.

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Dans la symbolique amérindienne, la libellule symbolise la duperie des sens et de la transformation. Ses ailes scintillantes rappellent les temps magiques et permettent de prendre conscience que ce monde n’est fait que d’une réalité apparente. 

L’enseignement de la libellule dit qu’en fait il ne faut pas se fier aux apparences et qu’il est nécessaire de prendre ses distances par rapport à notre perception sensorielle. En outre, la libellule transmet des messages des êtres élémentaires et des esprits des plantes. 

De tous temps, la libellule a été admirée pour son élégance et sa légèreté.

La libellule ne naît pas libellule : elle nous arrive sous forme d’œuf. Puis, pour une courte durée elle devient nymphe, ensuite elle passe par l’état de larve pour se transformer en libellule adulte, celle qui nous fait rêver…

A l’image de ses différentes transformations, la libellule a connu au cours de l’Histoire des fortunes diverses.

© Margaret Warner Morley

© Margaret Warner Morley

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Symbole de bonheur et de victoire en Orient où elle fait partie de la pharmacopée, comme au Japon où certaines espèces sont vendues pour guérir maux de gorge et fièvre, alors qu’en Occident elle est plutôt associée aux puissances maléfiques, tout en étant la muse des créateurs de bijoux et des peintres, ce qui nous ramène aux symboles propres à la Balance. Pourtant, au Moyen Age, les libellules étaient associées au diable.

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© Margaret Warner Morley

© Margaret Warner Morley

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Et pourtant, il est plutôt bon signe de rencontrer des libellules car, très sensibles à la qualité des eaux dans lesquelles elles vivent, elles sont un excellent indicateur du degré de pollution d’un point d’eau. C’est peut-être pour ça qu’elles sont de moins en moins nombreuses et que certaines espèces ont disparu, alors que ces merveilleuses libellules jouent un rôle important dans l’écosystème car prédatrice de certains invertébrés aquatiques dont elles débarrassent mares et étangs.

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© Margaret Warner Morley

© Margaret Warner Morley

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Attention 

ne pas reboucher trop rapidement points d’eau et mares, il en va de la biodiversité et de la vie des libellules.  

 Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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Histoire de la libellule

Elles étaient si bien, dans le fond de l’étang, les petites larves. Elles formaient un groupe de trois amies, inséparables. Elles n’étaient pas les seules, bien sûr, il y en avait d’autres. Elles avaient d’ailleurs remarqué que, de temps en temps, certaines quittaient l’étang, s’élevant et disparaissant à tout jamais. Que leur arrivait-il donc ? Parlant de tout cela, nos trois amies se firent l’une à l’autre la promesse que, si un jour cela leur arrivait, elles feraient signe aux autres pour les informer de ce qui se passe là-haut.

Et ce jour arriva. L’une d’entre elles s’éleva, s’éleva… Elle tomba dans un profond sommeil et lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle découvrit un monde merveilleux : soleil, arbres, fleurs…

Elle avait quitté l’étang. Et quelles transformations en elle ! Elle avait même des ailes toutes transparentes. Elle qui, jusque-là, n’avait fait que nager entre deux eaux pouvait maintenant voler en plein ciel.

Après ce moment d’immense joie, elle se souvint de sa promesse. Elle voulut faire signe à ses amies. Avec sa petite tête, elle fit des ronds sur l’eau, comme si des gouttelettes tombaient à la surface. Les amies du fond de la mare les remarquèrent. «Que se passe-t-il donc ? Il ne pleut pas, et pourtant, il y a les petits cercles… » Notre amie, voyant qu’elle n’était pas comprise, essaya une autre technique : elle se mit à cueillir des feuilles et les sema à la surface. « Tiens, voilà maintenant des feuilles qui tombent, et ce n’est pas encore l’automne… »

Comment donc communiquer si aucun des signes n’est compris ? se demande notre évadée. Fallait-il qu’elle plonge elle-même ? Mais ses copines larves n’avaient jamais vu une libellule. Elle n’aurait pas cru que c’était l’ancienne larve qui leur rendait visite.

Décidément, il n’est pas facile de parler aux autres d’un lieu où ils n’ont pas encore été. Il faudra donc que ses amies attendent leur propre transformation pour comprendre.

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libellule et allium © Veronique  Moret

libellule et allium © Veronique Moret

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Libellule dans l’art Nouveau et l’ art déco

Vases /Coupes 

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Vase Libellule Emile Gallé

Vase Libellule Emile Gallé

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Émile Gallé, Coupe aux libellules

Émile Gallé, Coupe aux libellules

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Peignes

Peigne  à la libellule

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Peigne Art Nouveau à la libellule

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Peigne Art Nouveau aux libellules

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Métro : Edicule Art nouveau d’Hector Guimard

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Guimard - Verriere Libellule

Guimard – Verriere Libellule

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metro art deco libellule guimart

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Lampes

Lampe Tiffany libellules

Lampe Tiffany libellules

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Bronzes

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Art Nouveau Femme libellule © Louis Kley

Art Nouveau Femme libellule © Louis Kley

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Broches

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Libellule René Lalique

Libellule René Lalique

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René Lalique Femme libellule ailes ouvertes

René Lalique Femme libellule ailes ouvertes

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Masriera Y Carreras

Masriera Y Carreras

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Aux « demoiselles », René Lalique doit ses plus beaux bijoux. À de nombreuses reprises, il représenta cet insecte, thème favori du style Art Nouveau, laissant libre cours à son imagination. Signé René Lalique, le « Pectoral à la libellule » fut présenté à l’Exposition universelle de 1900. et portée par Sarah Bernhardt, 

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René Lalique, le « Pectoral à la libellule » au Musée Gulbenkian

René Lalique, le « Pectoral à la libellule » au Musée Gulbenkian

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 Outre les bijoux, la libellule s’est aussi incarnée chez Lalique en mascotte, ornant les bouchons de radiateur des automobiles de l’époque (1928) ou encore en boîtes à poudre, vases, coupes et autres œuvres de verre

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Lalique - Flacon Cristal Libellule 2013

Lalique – Flacon Cristal Libellule 2013

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et

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Philippe Wolfers libellule-1902

Philippe Wolfers libellule-1902

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La demoiselle

Quand la demoiselle dorée
S’envole au départ des hivers,
Souvent sa robe diaprée,
Souvent son aile est déchirée
Aux mille dards des buissons verts

Ainsi, jeunesse vive et frêle,
Qui, t’égarant de tous côtés,
Voles où ton instinct t’appelle,
Souvent tu déchires ton aile
Aux épines des voluptés.

 

Victor Hugo, Odes et Ballades, Ode seizième, mai 1827

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libellule farfalle api fiori – piante acquatiche – ninfee – l’angolo del fiore – MON

Le Buffle, le Tigre et l’Intelligence

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ou comment le tigre eut ses rayures

« Dans les temps très anciens, les hommes menaient les buffles aux champs en les tirant par une corde attachée à leurs cornes. Ce n’était pas toujours facile, et les buffles allaient souvent où ils voulaient. Un jour, quelqu’un eut l’idée de passer un anneau dans leurs naseaux et d’y nouer la corde. Depuis, les buffles suivaient docilement. Et ainsi, même les enfants pouvaient les garder.

Un jour, après les travaux de labour, un jeune gardien laissa son buffle paître tranquillement à la lisière de la forêt. Survint le tigre, qui en ce temps-là n’avait pas de rayures sur sa robe jaune.

Le féroce animal s’étonna de l’obéissance du puissant buffle que lui-même craignait. Il lui demanda :

-Buffle, pourquoi obéis-tu à ce frêle humain, toi dont la force égale la mienne ?

Le buffle lui répondit :

-Physiquement, le petit homme est faible, mais son intelligence est plus puissante que nos cornes et nos griffes !

Etonné, le tigre s’adressa alors au garçon :

-Dis-moi, petit homme, où est ton intelligence qui fait peur même au puissant buffle ?

Le petit gardien lui répondit :

-Je n’ai pas apporté mon intelligence avec moi. Je l’ai laissé à la maison. -Alors, va la chercher, lui suggéra le tigre.

-Mais tu vas profiter de mon absence pour dévorer mon buffle ! Si tu acceptes que je t’attache, j’irai chercher mon intelligence pour te la montrer. Le tigre hésita mais, poussé par la curiosité, accepta la proposition. Le garçon demanda au tigre de s’aplatir contre un solide tronc d’arbre, prit une longue corde et l’attacha solidement en faisant plusieurs tours.

Une fois qu’il eut fini, il prit un gros gourdin et se mit à battre le tigre, en s’exclamant :

-Voici mon intelligence ! Sous les coups, le tigre se débattit de douleur et de rage. Il se débattit si violemment que sa peau fut brûlée, à force de frotter contre les cordes.

Voici pourquoi les tigres ont des rayures noires sur leur robe jaune.

Le tigre parvint finalement à se dégager et s’enfuit dans la forêt sans demander son reste. Le buffle, qui assistait à la scène, fut pris d’un fou rire. Il riait en secouant si fortement sa lourde tête qu’il cogna sa mâchoire par terre à s’en casser les dents.

C’est ainsi que les buffles n’ont plus de dents à la mâchoire supérieure ».

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Contes du Vietnam

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Comme le Viêt-Nam est un pays agricole, le buffle est considéré toujours comme un animal familier pour les Vietnamiens, en particulier pour les paysans.

L’image du buffle est liée étroitement avec le paysage rural du Viêt-Nam. Analogue aux autres peuples, le Viêt-Nam a aussi beaucoup de légendes parmi lesquelles il y a une concernant le buffle.

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Autrefois, pour aider les paysans vietnamiens, l’empereur céleste eut chargé un génie de descendre au Viêt-Nam avec deux sacs, l’un rempli de grains de céréales pour nourrir la population et l’autre de grains d’herbes pour le bétail. Il fut conseillé de semer d’abord les grains de céréales puis ceux des herbes.

Comme il avait été tellement distrait, il oubliait les recommandations en faisant le contraire càd les grains d’herbes d’abord puis ceux de céréales.

C’est pourquoi le Viêt-Nam était inondé de forêts d’herbes dont les plaintes des paysans se faisaient écho jusqu’au ciel. Ayant appris cela, l’empereur céleste, furieux, condamna le génie à l’exil en le métamorphosant en buffle au Viêt-Nam.

C’est pourquoi le buffle était obligé de passer toute la journée à brouter l’herbe et à tirer les charrues pour racheter les erreurs commises. 

Le buffle est un animal très utile dans les pays agricoles, en particulier au Viêt-Nam où les technologies agricoles ne sont pas très développées Si dans certains pays, le chien est le meilleur ami de l’homme, c’est le buffle qui est le compagnon inséparable du paysan vietnamien. Sans cet animal, ce dernier sera dépourvu de tout car c’est lui qui aide le paysan à labourer tous les jours la terre, à charrier les fardeaux, à le remplacer dans des tâches fatigantes et ingrates.

Ce ruminant est aussi l’animal que les Montagnards des Hauts Plateaux sacrifient lorsqu’il s’agit de demander au dieu de bénir la récolte.

Pour le paysan, le buffle fait partie de son patrimoine

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Le Buffle est réputé être un ami loyal et dévoué de l’homme, travailleur et patient. Il est indispensable aux travaux dans les rizières inondées. Les enfants, même citadins, apprennent à l’apprivoiser dans les chansons telle que « Buffle, écoute-moi. »  L’imagerie populaire y fait souvent référence

Des peintres comme Nguyn Tùng Ngcpuisent leur inspiration du paysage serein de la campagne où l’on voit très souvent un buffle avec un regard gentil et intelligent

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« Buffle, écoute-moi
Viens labourer le champ avec moi
Labourer et repiquer le riz, c’est notre métier
Je suis ici, tu es là, nous ne ménageons pas notre peine
Tant que le riz pousse
Il y a toujours de l’herbe pour toi.

Allons repiquer, allons labourer
Le travail est dur aujourd’hui, mais viendra le jour de la prospérité
Dans le champ sec, dans la rizière profonde
Le mari laboure, la femme repique, le buffle herse » 

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Le Buffle est respecté dans toute l’Asie du Sud-Est. Ses représentations artistiques, en particulier dans des estampes et des images populaires, donnent un aperçu des symboles qui lui sont rattachés.

 Il symbolise, à lui seul deux traits de caractères dans lesquels le peuple vietnamien aime se reconnaître : la douceur et la résistance.

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Le détachement

Les sages s’en servent de monture, tel Lao Tseu  lors de son voyage vers les marches de l’ouest. Il y a, dans l’attitude du buffle, un mélange de douceur et de détachement, évoquant la contemplation.

La richesse

Pour le paysan vietnamien être propriétaire d’un buffle est un signe de richesse ; il apportera la prospérité à la famille. Il fait partie de la famille 

 » Dans la rizière haute et dans la rizière basse, Le mari herse, la femme repique, le buffle laboure » 

Dans les l’imagerie populaire du Viêt-Nam on retrouve souvent le thème du petit bouvier perché sur son buffle

 Ces images symbolisent la paix, l’affection et la complicité unissant ces enfants et leurs buffles.

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Buffle

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Le Buffle … Un peu conservateur

Silencieux et précis

Effacé, un peu lent

Tu es patient et méthodique.

En fait rien ne t’arrête

Lorsque tu as en tête

Quelque projet précis.

Tu fonces, et ça te réussit

Tu as de l’autorité

Mais tu aimes la sécurité

Et tu détestes voyager.

Gros travailleur,

Parfait bricoleur

Tu seras très content

D’être un bon artisan.

Le Coq est ton préféré

Tu le laisses briller en paix;

Le Singe te fascine

La Chèvre te taquine

Du Tigre tu dois te méfier

Car il est malintentionné.

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Si vous êtes né(e) / 1949/ 1961/ 1973/1985/ 1997, vous êtes du signe du Buffle

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© Pierre Jaccard

© Pierre Jaccard

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Le Tigre 

Dans l’esprit vietnamien, le tigre est riche en valeur symbolique, équivoque et ambivalente, un animal féroce mais aussi un bienfaiteur.

Cette ambivalence est commune à un ensemble de cultures asiatiques. Une légende bouddhique raconte que, dans l’une de ses existences, le Bouddha a offert son corps pour nourrir une mère tigresse et ses enfants affamés ; c’est sans doute une des raisons qui explique les nombreuses figures de tigre dans l’imagerie populaire 

Le tigre, sans doute par sa puissance, son intelligence mystérieuse était aussi génie protecteur.

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Sous ce rapport, les Vietnamiens des plaines ou des montagnes n’ont pas la tradition de chasser le tigre. On le chassait, ou le tuait, pour se défendre ou protéger l’élevage et non par plaisir. Ce « sport » a été introduit par la colonisation française.

Dans leur tradition, les Vietnamiens craignent et respectent le tigre. Dans certaines régions ou croyances populaires, on le vénère, encore de nos jours

tigre

Le Tigre …prend des risques

Frondeur et indiscipliné

Tu es contre l’autorité

Ton caractère est emporté

Les autres tu aimes mener

Tu cries « En avant »

Avec quelle témérité !

Tous sont en admiration

Taisant tes quatre vérités

On te suit jusqu’au bout

Comme derrière un chef

Tigre un peu casse-cou

Quelle vie passionnée !

Tu prends des risques

Fais un peu attention

T’es pas toujours un lion !

On dit que t’as la baraka

Mais suis les conseils du Cheval

Pour te calmer il sera là

Du serpent ce n’est pas le cas

Et méfie-toi de tous les chats.

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Si vous êtes né(e) / 1950/ 1962/ 1974/ 1986/ 1998vous êtes du signe du Tigre

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© LE Xuan-Huy

© LE Xuan-Huy

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People Of Vietnam. Travel Photography

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Les Chats

© Henriette_Ronner-Knip aquarellist

© Henriette_Ronner-Knip aquarellist

Dans ma cervelle se promène, Ainsi qu’en son appartement,
Un beau chat, fort doux et charmant. Quand il miaule, on l’entend à peine, Tant son timbre est tendre et discret;
Mais que sa voix s’apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C’est là son charme et son secret.
Cette voix qui perle et qui filtre,
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.
Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n’a plus besoin de mots.
Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon coeur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,
Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu’harmonieux!

Baudelaire  Les fleurs du mal

© Henriette Ronner -Knip

© Henriette Ronner -Knip

Au commencement, Dieu créa le chat à son image.
Et bien entendu, il trouva que c’était bien.
Et c’était bien d’ailleurs.

Mais le chat était paresseux.
Il ne voulait rien faire.
Alors, plus tard, après quelques millénaires, Dieu créa l’homme.
Uniquement dans le but de servir le chat,
De lui servir d’esclave jusqu’à la fin des temps.

Au chat, il avait donné l’indolence et la lucidité;
À l’homme, il donna la névrose, le don du bricolage et la passion du travail.
L’homme s’en donna à cœur joie.
Au cours des siècles, il édifia toute une civilisation basée sur l’invention,
La production et la consommation intensive.

Civilisation qui n’avait en réalité qu’un seul but secret:
Offrir au chat le confort,le gîte et le couvert.

Jacques Sternberg

© Henriette-Ronner-Knip-Purringwith content 1894

© Henriette-Ronner-Knip-Purringwith content 1894

Henriette Ronner-Knip

Née en 1821 à Amsterdam et morte en  1909 à Ixelles, est une artiste peintre animalière belgo-néerlandaise.

Elle se spécialise dans la peinture animalière, au début surtout des chiens puis, à partir de 1870, presque exclusivement des chats, pour lesquels elle parvient avec une grande virtuosité à représenter le détail du pelage. Elle reçoit de nombreuses commandes notamment de la Cour belge mais aussi de notables anglais

Henriette Ronner Knip

HD 720p

© Henriette Ronner-Knip Curiosity

© Henriette Ronner-Knip Curiosity

Rien n’est plus doux,
Rien ne donne à la peau une sensation plus délicate, 
Plus raffinée,
Plus rare,
Que la robe tiède et vibrante d’un chat.

Guy de Maupassant

© Henriette Ronner Knip

© Henriette Ronner Knip

Un chat reste un chat


Il était une fois un homme qui avait un chat. Comme ce dernier n’avait pas son pareil, il l’avait nommé «Ciel». Un jour, un ami lui rendit visite. Étonné de ce nom bizarre, il demande :
«Pourquoi avoir choisi ce nom?».
L’homme expliqua :
«Mon chat est si précieux et unique que le nom «Chat» ne lui convient pas. Il n’y a que le ciel qui soit à sa mesure, puisque rien n’est comparable au ciel».
– Mais le ciel ne peut-il pas être envahi par les nuages? questionna l’ami.
– S’il en est ainsi, dit l’homme, je nommerai mon chat «Nuage».
– Le vent, évidemment, peut chasser les nuages, reprit l’ami.
– C’est vrai! Alors je le nommerai «Vent»
– Les murs de la cité arrêtent le vent.
– En effet! Je le nommerai «Mur»
– Les souris, pourtant, peuvent miner les murs
– Juste! Je le nommerai «Souris»
– Les souris seront attrapées par le chat!
L’homme réfléchit et reconnut : «Il faut donc que je lui rende son nom de «Chat».
L’ami éclata de rire : «Un chat ne reste-t-il pas toujours un chat?»

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Conte du  Viêt-Nam

© Henriette Ronner-Knip

© Henriette Ronner-Knip

 

Le Lilas

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Petite légende

«  Les petites musiques du lilas »

  » Effarouchée par le Dieu Pan dieu des forêts et des champs, une jolie nymphe Syrinx (Syringa ), prise de panique, échappa à son poursuivant en se jetant dans le fleuve Ladon. Pour la sauver et surtout sauver sa vertu ses sœurs des eaux la transformèrent en roseau. Pan, calmé, prit quelques tiges de la plante et se confectionna une flûte… de Pan !

Le patron des prés et des champs, ainsi que des bergers d’Arcadie, donna le nom de la nymphe à un arbuste à fleurs printanières parfumées, aujourd’hui si populaire dans nos jardins.

Il s’agit du lilas, appelé par les botanistes « Syringa » ! Un nom inspiré de celui de la jolie nymphe qui signifie flûte en grec ancien. C’est depuis ces temps immémoriaux que les enfants et les pâtres se servent du bois creux du lilas pour confectionner des flûtes. 

 Légende des fleurs de Michel Lis illustré par Corinne Merles aux édition du Mont

Pan et Syrinx©  Michel Dorigny 1657

Pan et Syrinx© Michel Dorigny 1657

Alors le dieu dit :

« Au pied des montagnes glacées d’Arcadie, parmi les Hamadryades de Nonacris, la plus célèbre était une Naïade que les nymphes appelaient Syrinx.

Plus d’une fois, elle avait échappé aux satyres qui la poursuivaient et aux dieux qui hantent les forêts ombreuses et les grasses campagnes.

Elle honorait par ses activités la déesse d’Ortygie, et même lui avait voué sa virginité ; ceinte elle aussi à la manière de Diane, elle aurait pu faire illusion et passer pour la fille de Latone, si elle n’avait eu un arc de corne, au lieu de l’arc d’or de la déesse.

Même ainsi, on les confondait. Un jour qu’elle revenait du mont Lycée, Pan la voit et, portant sur la tête une couronne d’aiguilles de pin, il lui adresse ces paroles… »

Il restait au dieu à relater le discours de Pan, et le dédain de la nymphe pour ses prières et sa fuite à travers champs, jusqu’à ce qu’elle arrive au bord sablonneux du paisible Ladon ; là, les eaux arrêtant sa course, elle avait prié ses soeurs liquides de la métamorphoser.

Pan croyait déjà Syrinx à sa merci, mais dans ses mains il ne saisit que des roseaux du marais et non le corps de la nymphe.

Et tandis qu’il pousse des soupirs, l’air qu’il a déplacé à travers les roseaux produit un son léger, une sorte de plainte.

Séduit par cette nouveauté et la douceur de cette mélodie, Pan dit : « Pour moi, cela restera un moyen de converser avec toi ». Et ainsi grâce à des roseaux inégaux reliés entre eux par un joint de cire, il perpétua le nom de la jeune fille.

Livre 1 des Métamorphoses (1.689 à 1.713)  Traduction  A.-M. Boxus et J. Poucet

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Le parfum du lilas était considéré comme «magique» dans la culture celtique. 

Le parfum est censé transporter des humains dans le royaume des fées et le monde céleste

© Cicely Mary Barker

© Cicely Mary Barker

Chanson du Lilas

Mai blanc est en fleurs,

Mai rouge à côté de ;

La cytise verse  

D’or au loin

Mais je chante le Lilas

 

Le bien-aimée Lilas,

Lilas, en Mai

Une joie et une fierté!

Je l’aime tellement

Que je ne peux jamais dire

Si elle est plus doux à regarder,

Ou plus doux à sentir..

Le Chant de la Fée des Lilas © Cicely Mary Barker 

Le Lilas

Originaire du Sud-Est de l’Europe et de l’Ouest de l’Asie, le lilas commun, ou lilas français (de son nom botanique syringa vulgaris) est un arbuste appartenant à la famille des Oléacées.

Syringa vulgaris

I

Il existe une trentaine de variétés, aux coloris allant du bleu au parme en passant par le blanc et le rose.

C’est entre avril et juin que la floraison abondante du lilas, délicate nuée vaporeuse, exhale ses parfums. Ses fragrances sont intenses, fraîches, fleuries et fruitées, légèrement musquées. Ses fleurettes composées de quatre pétales sont réunies en grappes retombantes appelées thyrses. Son feuillage caduc est également très décoratif. L’amertume de ses inflorescences leur évite d’être broutées.

Son fruit est une capsule.

Histoire

Au XVIe siècle, l’apothicaire et naturaliste  Pierre Belon fait déjà état lors de ses voyages d’un arbuste communément appelé par les turcs « queue de renard ».

A la même époque, les premières illustrations du lilas commun font leur arrivée en France, que l’on appelle alors par son nom perse Lilâk ou Nilâk, tiré de l’hindou et qui signifie « bleu ».

Poussant à l’est de la Roumanie le lilas fut amené jusqu’à la cour du sultan de Constantinople, Soliman le Magnifique. 

Soliman le Magnifique © le Titien

Soliman le Magnifique © le Titien

Quelques années plus tard, ce dernier en fit don à son ambassadeur autrichien, le diplomate Ogier Ghislain de Busbecq, qui le ramena en Europe, puis l’offrit à François 1er à l’occasion d’un voyage en France.

Rapidement, les graines de lilas furent montées en chapelets et accompagnèrent les prières des pèlerins. Le lilas devint ainsi un symbole de la religion chrétienne et l’Eglise de France l’associa bientôt aux cérémonies de printemps, notamment les communions.

Il faudra attendre 300 ans pour que la culture du lilas se développe vraiment en France, principalement grâce aux travaux de la famille Lemoine de Nancy, hybrideurs  et pépiniéristes C’est en 1968 que la maison Lemoine a fermé ses portes après avoir fait naître 214 variétés de lilas commun. Le terme lilas français est souvent utilisé pour désigner  le cultivar moderne du lilas à fleurs doubles sélectionné par Victor Lemoine .

C’est au XIXème siècle que le lilas acquiert ses lettres de noblesse, notamment grâce à un lilas miniature pratique pour les petits jardins ou les balcons.

© Mathias J Alten Lilacs

© Mathias J Alten Lilacs

Souvent utilisé en association avec la palette d’arbustes de printemps, le lilas à petites feuilles et particulièrement la variété « Superba » à floraison remontante  accompagnait aussi très joliment les rosiers. Depuis, le lilas est devenu un incontournable des jardins français…

Utilisation

Les moines du mont Athos se servirent de ses graines pour confectionner des chapelets appelés Paternoster (un des surnoms de l’arbuste), mais c’est son suave parfum qui le rendit célèbre.

Que d’onguents et de fragrances dits « au lilas » furent élaborés par les parfumeurs du temps. C’est pour plaire à la Pompadour que le peintre Boucher fit tisser par la manufacture des Gobelins des entrelacs où se mêlaient fleurs de tulipes, de rosés, d’œillets et de lilas.

Colette appréciait d’une façon bizarre le parfum du lilas : « Son bouton fleure drôlement le scarabée, sa fleur épanouie exhale un toxique arôme d’acide prussique ! »

Lilas Fragrances

Guerlain Angelique Lilas

Guerlain Angelique Lilas

 En Passant par Frédéric Malle
Orange Blossom, lilas et Jasmine par Antica Farmacista
Lilac par Demeter
        français Lilac par Pacifica
        Lilac par Caswell Massey
        Eau de Cologne 1920 Lilas par Jardin de France 

En médecine ses bourgeons sont utilisés en gemmothérapie.

L’huile est également utilisée en friction contre les rhumatismes et les feuilles en infusion contre l’engorgement du foie.

Effet hypotenseur De la syringine a été isolée de l’écorce du Syringa vulgaris testé à montrer une action pharmacologique 

Le lilas dans le langage des fleurs

Le lilas symbolise la beauté juvénile et les premières émotions amoureuses, il est parfait pour déclarer ses sentiments ! S’il est blanc c’est l’innocence, la pureté, la jeunesse. S’il est mauve en revanche, c’est l’amour naissant, les premiers pas vers le tortueux et languissant chemin de la passion…

Lilac 1979a

En Grèce ,au Liban et Chypre , le lilas est fortement associée à Pâques temps car il fleurit à cette époque, il est par conséquent appelé Paschalia .

En Perse, on avait coutume d’offrir une branche de lilas à un amant auquel on voulait signifier en douceur la fin de la relation.

Aux États-Unis, offrir du lilas à une jeune fille est supposé la maintenir célibataire toute l’année durant !

En Angleterre, le lilas jouit d’une triste connotation : on raconte que ramener dans une maison du lilas blanc porterait malheur.

Peut-être est-ce lié au fait que cette fleur était utilisée dans les cérémonies funéraires…

Couleur Lilas

Lilas est une couleur qui est le ton pâle du violet

© Eugene de Blaas

© Eugene de Blaas

« Le Temps des lilas » 

Le temps des lilas et le temps des roses
Ne reviendra plus à ce printemps-ci;
Le temps des lilas et le temps des roses
Est passés, le temps des œillets aussi.

Le vent a changé, les cieux sont moroses,
Et nous n’irons plus courir, et cueillir
Les lilas en fleur et les belles roses;
Le printemps est triste et ne peut fleurir.

Oh! joyeux et doux printemps de l’année,
Qui vins, l’an passé, nous ensoleiller,
Notre fleur d’amour est si bien fanée,
Las! que ton baiser ne peut l’éveiller!

Et toi, que fais-tu? pas de fleurs écloses,
Point de gai soleil ni d’ombrages frais;
Le temps des lilas et le temps des roses
Avec notre amour est mort à jamais

Maurice Bouchor, 1855-1929

Le lilas a inspiré de nombreux artistes 

Tableau d’Edouard Manet, Lilas dans un vase (1882)

Poème Les lilas (1970) de Louis Aragon

 Chanson Des jonquilles aux derniers lilas (1968) d’Hugues Aufray Serge Gainsbourg Le poinçonneur des Lilas(1958).

Le lilas exprime les amours juvéniles ou encore la mélancolie, principalement du fait de sa couleur mauve, souvent associée à la tristesse voire au deuil.

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© 'Edouard Manet, Lilas dans un vase 1882

© ‘Edouard Manet, Lilas dans un vase 1882

Un poéme « When Lilacs Last in the Dooryard Bloom’d » de Walt Whitman

James Shelton compositeur a définitivement mis le Lilas dans la culture de la pop-musique avec sa chanson « Lilac Wine » chanté par Nina Simone, Jeff Buckley, et bien d’autres

Pratique

Pour votre bouquet, coupez de préférence votre lilas lorsque ses fleurettes ne sont pas encore pleinement épanouies

Pour favoriser l’absorption de l’eau, écrasez le bout des tiges à l’aide d’un marteau avant de mettre votre bouquet de lilas en vase.

Tous les deux ou trois jours, pensez à changer l’eau et à raccourcir ses tiges d’un ou deux centimètres

© Sophie Gengembre Anderson   Le Temps des Lilas.

© Sophie Gengembre Anderson Le Temps des Lilas.

Deux belles interprétations de « Lilac Wine »

Nina Simone | Lilac Wine

Lilac Wine (Vin Lilas)


Je me suis perdu dans une nuit fraîche et humide
Je me suis dirigé vers cette lumière brumeuse
J’étais hypnotisé par une grande joie étrange
Sous un lilas

J’ai fais du vin à partir du lilas
Mis mon coeur dans cette recette
Cela m’a permis de voir ce que je veux voir
Et d’être ce que je veux être

Quand je pense plus que je ne veux penser

Je fais des choses que je ne devrais jamais faire
Je bois beaucoup plus que je ne devrais boire
Parce que ça me ramène près de toi

Le vin lilas est doux et capiteux
Comme mon amour
Vin lilas, je me sens instable
Comme mon amour

Ecoute-moi, je ne peux voir clairement

N’est-ce pas elle, qui est en train de venir à moi
Près d’ici

Le vin lilas est doux et capiteux
Où est mon amour ?
Vin lilas, je me sens instable
Où est mon amour ?

Ecoute-moi, pourquoi tout est si brumeux ?
Est-ce elle, ou suis-je en train de devenir fou, chérie

Vin lilas, je ne me sens pas prêt pour mon amour
Je ne me sens pas prêt pour mon amour

Jeff Buckley: Lilac Wine (Live)

© Edmund Blair Leighton Lilac

© Edmund Blair Leighton Lilac

Les Fleurs de la petite Ida 2/

….. « Je voudrais bien savoir si mes fleurs sont encore dans le lit de Sophie ! Oui, je voudrais le savoir. »

Little Ida's Flowers 2

Elle se leva à moitié et jeta les yeux sur la porte entre-bâillée. Elle écouta, et il lui sembla qu’elle entendait toucher du piano dans le salon, mais si doucement et si délicatement qu’elle n’avait jamais entendu rien de pareil.

« Ce sont sans doute les fleurs qui dansent. Ah ! mon Dieu ! que je voudrais les voir ! »

Mais elle n’osa pas se lever tout à fait, de peur de réveiller son père et sa mère.

« Oh ! si elles voulaient entrer ici ! pensa-t-elle.

Mais les fleurs ne vinrent pas, et la musique continua de jouer bien doucement. À la fin, elle ne put y tenir ; c’était trop joli. Elle quitta son petit lit et alla sur la pointe du pied à la porte pour regarder dans le salon. Oh ! que c’était superbe, ce qu’elle vit !

Il n’y avait point de veilleuse, il est vrai ; mais pourtant il y faisait bien clair. Les rayons de la lune tombaient par la fenêtre sur le plancher ; on y voyait presque comme en plein jour.

Hans Christian Andersen’s Little Ida’s Flowers.

Toutes les jacinthes et les tulipes étaient debout sur deux longues rangées ; pas une ne restait à la fenêtre ; tous les pots étaient vides. Sur le plancher, toutes les fleurs dansaient joliment les unes au milieu des autres, faisaient toute espèce de figures, et se tenaient par leurs longues feuilles vertes pour faire la grande ronde.

Au piano était assis un grand lis jaune, avec qui la petite Ida avait fait connaissance dans l’été ; car elle se rappelait fort bien que l’étudiant avait dit : « Regarde comme ce lis ressemble à Mlle Caroline. »

Tout le monde s’était moqué de lui, et cependant la petite Ida crut alors reconnaître que la grande fleur jaune ressemblait d’une manière étonnante à cette demoiselle. Elle avait en touchant du piano absolument les mêmes manières ; elle penchait sa longue figure jaune, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre et battait aussi la mesure avec la tête.

Personne n’avait remarqué la petite Ida. Elle aperçut ensuite un grand crocus bleu qui sautait au milieu de la table où étaient ses joujoux et qui alla ouvrir le rideau du lit de la poupée.

© Jeremie Fleury

© Jeremie Fleury

C’est là qu’étaient couchées les fleurs malades ; elles se levèrent aussitôt et dirent aux autres par un signe de tête qu’elles avaient aussi envie de danser. Le vieux bonhomme du vase aux parfums, qui avait perdu la lèvre inférieure, se leva et fit un compliment aux belles fleurs. Elles reprirent leur bonne mine, se mêlèrent aux autres et se montrèrent on ne peut plus joyeuses.

Tout à coup, quelque chose tomba de la table ; Ida regarda : c’était la verge qui s’élançait à terre ; elle aussi parut vouloir prendre part à la fête des fleurs.

Sur elle était assise une petite poupée de cire, qui portait un grand et large chapeau absolument semblable à celui du conseiller. La verge sauta au milieu des fleurs, montée sur ses trois échasses rouges, et se mit à marquer fortement la mesure en dansant une mazurka ; il n’y avait qu’elle qui en fût capable : les autres fleurs étaient trop légères et n’auraient jamais pu faire entendre le même bruit avec leurs pieds.

Tout à coup, la poupée accrochée à la verge s’allongea et grandit, se tourna vers les autres fleurs, et s’écria tout haut 

-« Comment peut-on mettre de telles choses dans la tête d’un enfant ? C’est une fantaisie stupide ! »

© Anne Anderson.

© Anne Anderson.

Et la poupée de cire ressemblait alors extraordinairement au conseiller avec son large chapeau ; elle avait le même teint jaune et le même air grognon. Mais ses longues jambes frêles expièrent son exclamation : les fleurs les frappèrent rudement ; elle se ratatina soudain, et redevint une toute petite poupée.

Comme tout cela était amusant à voir !

La petite Ida ne put s’empêcher de rire. La verge continua de danser, et le conseiller était obligé de danser avec elle, malgré toute sa résistance, quoique tantôt il se fît grand et long, et tantôt reprît les proportions de la petite poupée au grand chapeau noir. Mais enfin les autres fleurs intercédèrent pour lui, surtout celles qui sortaient du lit de la poupée ; la verge se laissa toucher par leurs instances et se tint tranquille.

Puis quelqu’un frappa violemment dans le tiroir où étaient enfermés les autres joujoux d’Ida. L’homme du vase aux parfums courut jusqu’au bord de la table, s’étendit sur le ventre, et réussit à ouvrir un peu le tiroir. Tout à coup Sophie se leva et regarda tout étonnée autour d’elle. « Il y a donc bal ici ! dit-elle ; pourquoi personne ne me l’a-t-il dit ?

— Veux-tu danser avec moi ? dit l’homme aux parfums.

— Par exemple, en voilà un danseur ! » dit-elle, et elle lui tourna le dos.

© Leroux

© Leroux

Elle s’assit ensuite sur le tiroir et pensait qu’une des fleurs allait venir l’inviter. Mais aucune d’elles ne se présenta : elle eut beau tousser et faire hum ! hum ! aucune n’approcha.

L’homme se mit à danser tout seul, et s’en acquitta assez bien.

Comme aucune des fleurs ne semblait faire attention à Sophie, elle se laissa tomber avec un grand bruit du tiroir sur le plancher. Toutes les fleurs accoururent, lui demandèrent si elle s’était fait mal, et se montrèrent très-aimables avec elle, surtout celles qui avaient couché dans son lit.

Elle ne s’était pas fait le moindre mal, et les fleurs d’Ida la remercièrent de son bon lit, la conduisirent au milieu de la salle, où brillait la lune, et se mirent à danser avec elle. Toutes les autres fleurs faisaient cercle pour les voir. Sophie, joyeuse, leur dit qu’elles pouvaient désormais garder son lit, qu’il lui était égal de coucher dans le tiroir.

Les fleurs lui répondirent 

– « Nous te remercions cordialement ; nous ne pouvons pas vivre si longtemps. Demain nous serons mortes. Mais dis à la petite Ida qu’elle nous enterre là, dans l’endroit du jardin où est enterré le petit oiseau des Canaries. Nous ressusciterons dans l’été et nous reviendrons bien plus belles.

— Non, il ne faut pas que vous mouriez, dit Sophie ; » et elle baisa les fleurs.

Mais au même instant, la porte du grand salon s’ouvrit, et une foule pressée de fleurs magnifiques entra en dansant. Ida ne pouvait comprendre d’où elles venaient.

Sans doute, c’étaient toutes les fleurs du jardin du roi ! À leur tête marchaient deux roses éblouissantes qui portaient de petites couronnes d’or : c’étaient le roi et la reine.

Little Ida's Flowers3

Ensuite vinrent les plus charmantes giroflées, les plus beaux œillets, qui saluaient de tous côtés.

Ils étaient accompagnés d’une troupe de musique ; de grands pavots et des pivoines soufflaient si fort dans des cosses de pois qu’ils en avaient la figure toute rouge ; les jacinthes bleues et les petites perce-neiges sonnaient comme si elles portaient de véritables sonnettes.

C’était une musique bien remarquable ; toutes les autres fleurs se joignirent à la bande nouvelle, et on vit danser violettes et amarantes, pâquerettes et marguerites. Elles s’embrassèrent toutes les unes les autres. C’était un spectacle délicieux.

Ensuite, les fleurs se souhaitèrent une bonne nuit, et la petite Ida se glissa dans son lit, où elle rêva à tout ce qu’elle avait vu.

Le lendemain, dès qu’elle fut levée, elle courut à la petite table pour voir si les fleurs y étaient toujours. Elle ouvrit les rideaux du petit lit ; elles s’y trouvaient toutes, mais encore bien plus desséchées que la veille. Sophie était couchée dans le tiroir où elle l’avait placée, et avait l’air d’avoir grand sommeil.

« Te rappelles-tu ce que tu as à me dire ? » lui dit la petite Ida.

Mais Sophie avait une mine tout étonnée, et ne répondit pas un mot.

« Tu n’es pas bonne ; dit Ida ; pourtant, elles ont toutes dansé avec toi »

Elle prit ensuite une petite boîte de papier qui contenait des dessins de beaux oiseaux, et elle y mit les fleurs mortes.

Little Ida's Flowers1

« Voilà votre joli petit cercueil, dit-elle. Et plus tard, lorsque mes petits cousins viendront me voir, ils m’aideront à vous enterrer dans le jardin, pour que vous ressuscitiez dans l’été et que vous reveniez plus belles. »Les cousins de la petite Ida étaient deux joyeux garçons ; ils s’appelaient Jonas et Adolphe. Leur père leur avait donné deux arbalètes, et ils les emportèrent pour les montrer à Ida.

La petite fille leur raconta l’histoire des pauvres fleurs qui étaient mortes et les invita à l’enterrement.

Les deux garçons marchèrent devant avec leurs arbalètes sur l’épaule, et la petite Ida suivit avec les fleurs mortes dans le joli cercueil ; on creusa une petite fosse dans le jardin ; Ida, après avoir donné un dernier baiser aux fleurs, déposa le cercueil dans la terre. Adolphe et Jonas tirèrent des coups d’arbalète au-dessus de la tombe ; car ils ne possédaient ni fusil ni canon.

Hans Christian Andersen 1835

a une fleur1

A une fleur

Que me veux-tu, chère fleurette,
Aimable et charmant souvenir ?
Demi-morte et demi-coquette,
Jusqu’à moi qui te fait venir ?

Sous ce cachet enveloppée,
Tu viens de faire un long chemin.
Qu’as-tu vu ? que t’a dit la main
Qui sur le buisson t’a coupée ?

N’es-tu qu’une herbe desséchée
Qui vient achever de mourir ?
Ou ton sein, prêt à refleurir,
Renferme-t-il une pensée ?

Ta fleur, hélas ! a la blancheur
De la désolante innocence ;
Mais de la craintive espérance
Ta feuille porte la couleur.

As-tu pour moi quelque message ?
Tu peux parler, je suis discret.
Ta verdure est-elle un secret ?
Ton parfum est-il un langage ?

a une fleur

S’il en est ainsi, parle bas,
Mystérieuse messagère ;
S’il n’en est rien, ne réponds pas ;
Dors sur mon coeur, fraîche et légère.

Je connais trop bien cette main,
Pleine de grâce et de caprice,
Qui d’un brin de fil souple et fin
A noué ton pâle calice.

Cette main-là, petite fleur,
Ni Phidias ni Praxitèle
N’en auraient pu trouver la soeur
Qu’en prenant Vénus pour modèle.

Elle est blanche, elle est douce et belle,
Franche, dit-on, et plus encor ;
A qui saurait s’emparer d’elle
Elle peut ouvrir un trésor.

Mais elle est sage, elle est sévère ;
Quelque mal pourrait m’arriver.
Fleurette, craignons sa colère.
Ne dis rien, laisse-moi rêver.

A de Musset

a une fleur 2

Waltz of the Blossoming Trees

Les Fleurs de la petite Ida I/

Ida in her garden from Hans Christian Anderson.

« Mes pauvres fleurs sont toutes mortes, dit la petite Ida. Hier soir elles étaient encore si belles et maintenant toutes leurs feuilles pendent desséchées.

D’où cela vient-il ? » demanda-t-elle à l’étudiant qui était assis sur le canapé et qu’elle aimait beaucoup.

Il savait raconter les histoires les plus jolies, et découper des images si amusantes, des cœurs avec de petites femmes qui dansaient, des fleurs et de grands châteaux dont on pouvait ouvrir la porte. Oh ! c’ était un joyeux étudiant.

« Mes fleurs sont mortes »

« Mes fleurs sont mortes »

« Pourquoi mes fleurs ont-elles aujourd’hui une mine si triste ? demanda-t-elle une seconde fois en lui montrant un bouquet tout desséché.

— Je vais te dire ce qu’elles ont, dit l’étudiant. Tes fleurs ont été cette nuit au bal, et voilà pourquoi leurs têtes sont ainsi penchées.

— Cependant les fleurs ne savent pas danser dit la petite Ida.

— Si vraiment, répondit l’étudiant. Lorsqu’il fait noir et que nous dormons nous autres, elles sautent et s’en donnent à cœur joie, presque toutes les nuits.

— Et les enfants ne peuvent-ils pas aller à leur bal ?

— Si, répondit l’étudiant ; les enfants du jardin, les petites marguerites et les petits muguets.

— Où dansent-elles, les belles fleurs ? demanda la petite Ida.

— N’es-tu jamais sortie de la ville, du côté du grand château où le roi fait sa résidence l’été, et où il y a un jardin magnifique rempli de fleurs ? Tu as bien vu les cygnes qui nagent vers toi, quand tu leur donnes des miettes de pain ? Crois-moi, c’est là que se donnent les grands bals.

— Mais je suis allée hier avec maman au jardin, répliqua la jeune fille ; il n’y avait plus de feuilles aux arbres, et pas une seule fleur. Où sont-elles donc ? J’en ai tant vu pendant l’été !

— Elles sont dans l’intérieur du château, dit l’étudiant. Dès que le roi et les courtisans retournent à la ville, les fleurs quittent promptement le jardin, entrent dans le château et mènent joyeuse vie.

Oh ! si tu voyais cela ! Les deux plus belles roses s’asseyent sur le trône, et elles sont roi et reine. Les crêtes-de-coq écarlates se rangent des deux côtés et s’inclinent : ce sont les officiers de la maison royale. Ensuite viennent les autres fleurs, et on fait un grand bal…. Les violettes bleues représentent les élèves de marine ; elles dansent avec les jacinthes et les crocus, qu’elles appellent mesdemoiselles. Les tulipes et les grands lis rouges sont de vieilles dames chargées de veiller à ce qu’on danse convenablement et à ce que tout se passe comme il faut.

Little Ida's Flowers6

— Mais, demanda la petite Ida, n’y a-t-il personne qui punisse les fleurs pour danser dans le château du roi ?

— Presque personne ne le sait, dit l’étudiant. Il est vrai que quelquefois, pendant la nuit, arrive le vieil intendant qui doit faire sa ronde. Il a un grand trousseau de clefs sur lui, et dès que les fleurs en entendent le cliquetis, elles se tiennent toutes tranquilles, se cachant derrière les longs rideaux et ne montrant que la tête. « Je sens qu’il y a des fleurs ici, » dit le vieil intendant ; mais il ne peut pas les voir.

— C’est superbe, dit la petite Ida en battant des mains. Est-ce que je ne pourrais pas voir les fleurs danser, moi aussi ?

— Peut-être, dit l’étudiant. Penses-y, lorsque tu retourneras dans le jardin du roi. Regarde par la fenêtre et tu les verras. Je l’ai fait aujourd’hui même ; il y avait un long lis jaune qui était étendu sur le canapé. C’était une dame de la cour.

— Mais les fleurs du Jardin des Plantes y vont-elles aussi ? Comment peuvent-elles faire ce long chemin ?

— Mais, dit l’étudiant, si elles veulent, elles peuvent voler. N’as-tu pas vu les beaux papillons rouges, jaunes et blancs ? est-ce qu’ils ne ressemblent pas tout à fait aux fleurs ? c’est qu’ils n’ont pas d’abord été autre chose.

Les fleurs ont quitté leur tige et se sont élevées dans les airs ; là elles ont agité leurs feuilles comme de petites ailes, et ont commencé à voler. Et, parce qu’elles se sont bien conduites, elles ont obtenu la permission de voler toute la journée, et elles n’ont plus besoin de rester chez elles attachées à leur tige.

C’est ainsi qu’à la fin les feuilles sont devenues de véritables ailes. Mais tu l’as vu toi-même. Du reste, il se peut que les fleurs du Jardin des Plantes ne soient jamais allées dans le jardin du roi, et même qu’elles ignorent qu’on y mène la nuit si joyeuse vie.

C’est pourquoi je veux te dire quelque chose qui fera ouvrir de grands yeux au professeur de botanique notre voisin. Lorsque tu iras dans le jardin, annonce à une fleur qu’il y a grand bal au château : celle-ci le répétera à toutes les autres, et elles s’envoleront. Vois-tu les yeux que fera le professeur, lorsqu’il ira visiter son jardin et qu’il n’y verra plus une seule fleur, sans pouvoir comprendre ce qu’elles sont devenues ?

— Mais comment une fleur pourra-t-elle le dire aux autres ? Les fleurs ne savent pas parler.

— C’est vrai, répondit l’étudiant ; mais elles sont très fortes en pantomime. N’as-tu pas souvent vu les fleurs, lorsqu’il fait un peu de vent, s’incliner et se faire des signes de tête ? n’as-tu pas remarqué que toutes les feuilles vertes s’agitent ? Ces mouvements sont aussi intelligibles pour elles que les paroles pour nous.

— Mais le professeur, est-ce qu’il comprend leur langage ? demanda Ida.

— Oui, assurément. Un jour qu’il était dans son jardin, il aperçut une grande ortie qui avec ses feuilles faisait des signes à un très-bel œillet rouge. Elle disait : « Que tu es beau ! comme je t’aime ! » Mais le professeur se fâcha, et il frappa les feuilles qui servent de doigts à l’ortie. Il s’y piqua, et, depuis ce temps, comme il se souvient combien il lui en a cuit la première fois, il n’ose plus toucher à une ortie.

— C’est drôle, dit la petite Ida, et elle se mit à rire.

— Comment peut-on mettre de telles choses dans la tête d’un enfant ? » dit un ennuyeux conseiller qui était entré pendant la conversation pour faire une visite et qui s’était assis sur le canapé.

L’étudiant ne lui plut pas, et il ne cessa de murmurer, tant qu’il le vit découper ses petites figures risibles et joyeuses.

Ce fut d’abord un homme pendu à une potence et tenant à la main un cœur volé ; puis une vieille sorcière qui trottait à cheval sur un balai et portait son mari sur son nez. Le conseiller ne pouvait supporter cette plaisanterie, et il répétait sans cesse sa première réflexion 

-« Comment peut-on mettre de telles choses dans la tête d’un enfant ? C’est une fantaisie stupide ! »

  © Klever Den

© Klever Den

Mais tout ce que l’étudiant racontait à la petite Ida avait pour elle un charme extraordinaire, et elle y réfléchissait beaucoup. Les fleurs avaient les têtes penchées, parce qu’elles étaient fatiguées d’avoir dansé toute la nuit. Elles étaient sans doute malades. Alors elle les emporta près de ses autres joujoux, qui se trouvaient sur une jolie petite table dont le tiroir était rempli de belles choses.

Elle trouva sa poupée Sophie couchée et endormie ; mais la petite lui dit : « Il faut te lever, Sophie, et te contenter pour cette nuit du tiroir. Les pauvres fleurs sont malades et ont besoin de prendre ta place. Ça les guérira peut-être. »

Et elle enleva la poupée. Celle-ci eut l’air tout contrarié, et ne dit pas un seul mot, tant elle était fâchée de ne pas pouvoir rester dans son lit !

Ida posa les fleurs dans le lit de Sophie, les couvrit bien avec la petite couverture et leur dit de se tenir gentiment tranquilles ; elle allait leur faire du thé pour qu’elles pussent redevenir joyeuses et se lever le lendemain matin. Puis elle ferma les rideaux autour du petit lit, afin que le soleil ne tombât pas sur leurs yeux.

Pendant toute la soirée, elle ne put s’empêcher de songer à ce que lui avait raconté l’étudiant, et, au moment de se coucher, elle se dirigea d’abord vers les rideaux des fenêtres, où se trouvaient les magnifiques fleurs de sa mère, jacinthes et tulipes, et leur dit tout bas 

-« Je sais que vous irez au bal cette nuit. »

© Mabel Lucie Attwell

© Mabel Lucie Attwell

Les fleurs firent comme si elles ne comprenaient rien et ne remuèrent pas une feuille ; ce qui n’empêcha pas Ida de savoir ce qu’elle savait.

Quand elle fut couchée, elle pensa longtemps au plaisir que ce devait être de voir danser les fleurs dans le château du roi. « Mes fleurs y sont-elles allées ? » Et elle s’endormit. Elle se réveilla dans la nuit : elle avait rêvé des fleurs, de l’étudiant et du conseiller qui l’avait grondé. Tout était silencieux dans la chambre où Ida reposait. La veilleuse brûlait sur la table, et le père et la mère dormaient.

« Je voudrais bien savoir si mes fleurs sont encore dans le lit de Sophie ! Oui, je voudrais le savoir. »

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A Suivre……

BARRE FLEURS

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La pauvre fleur…

La pauvre fleur disait au papillon céleste :
– Ne fuis pas !
Vois comme nos destins sont différents. Je reste,
Tu t’en vas !

Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes
Et loin d’eux,
Et nous nous ressemblons, et l’on dit que nous sommes
Fleurs tous deux !

Mais, hélas ! l’air t’emporte et la terre m’enchaîne.
Sort cruel !
Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine
Dans le ciel !

Mais non, tu vas trop loin ! – Parmi des fleurs sans nombre
Vous fuyez,
Et moi je reste seule à voir tourner mon ombre
A mes pieds.

Tu fuis, puis tu reviens ; puis tu t’en vas encore
Luire ailleurs.
Aussi me trouves-tu toujours à chaque aurore
Toute en pleurs !

Oh ! pour que notre amour coule des jours fidèles,
O mon roi,
Prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes
Comme à toi !

Victor Hugo

fleurs-et-papillons

Flowers in paradise.

La Jonquille

© Bobbie Burgers

© Bobbie Burgers

Symbolisant la renaissance et les nouveaux débuts, la jonquille est pratiquement synonyme de printemps. Bien que le nom botanique de ces fleurs soit « narcisses », on les appelle parfois « jonquilles » et, en Angleterre, ayant été associées pendant longtemps au carême, on les appelle aussi « lys carême ».

Dans le monde entier, on associe la jonquille non seulement à un signe de fin de l’hiver, mais aussi à un emblème de future prospérité.

Au pays de Galles, on dit que si vous voyez la première jonquille de la saison, les 12 mois suivants seront pleins de richesses, et une légende chinoise veut que, si l’on force un bulbe de jonquille à fleurir pendant le Nouvel An, cela porte chance à votre famille.

Fleur de ceux qui sont nés au mois de mars et du dixième anniversaire de mariage, on dit que si l’on offre des jonquilles, le bonheur est assuré. Mais n’oubliez pas d’offrir les jonquilles en bouquets – la même légende qui associe cette fleur gaie à la bonne fortune nous avertit que, si l’on offre une seule jonquille, elle portera malheur.

Dans certains pays, la variété jaune est associée à Pâques. En Allemand le nom de  jonquille est « Osterglocke », qui est «cloche de Pâques. »

Fée des Jonquilles. ©  Cicely Mary Barker.

Fée des Jonquilles. © Cicely Mary Barker.

La Fée des Jonquilles

Je suis l’enfant chérie : le merle et l’étourneau

Chantent mon arrivée, perchés dans les rameaux ;

Moi, perle des narcisses et jonquille nouvelle,

A travers la contrée, j’ai entendu l’appel.

Et les vergers retentissent de voix qui chantent

Aussi bien mon jupon que ma robe charmante ;

Les enfants jouent et que disent-ils ? Ecoutez !

Ils disent : La belle jonquille est enfin née :

 

Cicely Mary Barker

Sarah Walker  « To Daffodils » by Frederick Delius

Narcissus  Jonquilla

Narcissus Jonquilla

                         Narcissus  jonquilla

Plante herbacée de la famille des Amaryllidacées. La vraie jonquille a des feuilles étroites en forme de joncs.

 la seule qui rappelle sa dénomination espagnole de « petit jonc », est Narcissus jonquilla. Des variétés à parfum sont cultivées à Grasse.

Chaque bulbe donne quatre à cinq fleurs jaunes, odorantes, en ombelles, avec une couronne en forme de bague.

Jonquille est en français un nom vernaculaire qui désigne plusieurs plantes, généralement du genre Narcissus.

En langage des fleurs, la signification de la jonquille est la langueur d’amour, le désir.

La jonquille est l’un des symboles du Pays de Galles.

© Berthe Morisot Daffodils

© Berthe Morisot Daffodils

Jonquille, acrostiche

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J…aune comme le soleil la jonquille.

O…n la voit un peu partout dans les rocailles et parterres.

N…arcisse l’appelle-t-on parfois.

Q…ue tu es magnifique dans tes dentelles!

U…ne mini trompette se cache dans tes pétales.

I…mpossible d’imaginer le printemps sans ta présence.

L…égère et délicate, tu te balances au vent

L…aissant derrière ce déhanchement tant de grâce

E…t d’essences subtiles, toi la jonquille…

Guy Rancourt

Daffodils © Mike Hill

Daffodils © Mike Hill

En 1804 près Ullswater Lake, William Wordsworth écrivit « The Daffodils » un jour de promenade en compagnie de sa soeur cadette Dorothy.

Ce poème, publié en 1815, est devenu l’un des plus populaires de l’Epoque Romantique

Les jonquilles, célèbre poème de l’auteur romantique anglais

William Wordsworth. 1770-1850

 

J’errais solitaire comme un nuage
Qui flotte loin au-dessus de collines et vallons,
Quand tout à coup j’ai vu une collection,
Une foule de jonquilles dorées;
Au bord du lac, sous les arbres,
Flottant et dansant dans la brise.

Permanentes comme les étoiles qui brillent
Et scintillent sur la Voie lactée,
Elles s’étendaient en une ligne infinie
Suivant la ligne d’horizon d’une baie:
Dix mille, en ai-je vu d’un seul regard,
Agitant la tête en une danse enjouée.

Les vagues dansaient à côté d’elles, mais elles
surpassaient les feuilles étincelantes de joie;
Un poète ne pouvait qu’être heureux,
En une telle joyeuse compagnie!
Je regardais, et regardais, mais sans penser
Au spectacle d’une telle richesse:

Car souvent, couché sur mon lit,
Libre ou à l’esprit rêveur,
Elles apparaissent sur ce regard intérieur
Qui est la béatitude de la solitude;
Et alors mon cœur de plaisir se remplit ,
Et danse avec les jonquilles.

Fields Of Golden Daffodils. © David Lloyd Glover

Fields Of Golden Daffodils. © David Lloyd Glover

Daffodils (1804)

la Journée de la jonquille

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Une Jonquille pour Curie

Une Jonquille pour Curie

La Journée de la jonquille. elle est l’une des premières fleurs à fleurir dès le mois de mars et doit ainsi faire face aux dernières rigueurs climatiques.

Sa force et ses couleurs chatoyantes en font une fleur porteuse d’espoir. Au mois de Mars

Osterglocken  © janinaB

Osterglocken © janinaB

Dans certains pays, la variété jaune est associée à Pâques. En Allemand le nom de  jonquille est « Osterglocke », qui est «cloche de Pâques. »

La jonquille

Le nom anglais de la jonquille est « daffodil » qui se traduit par « Cenhinen Bedr » en gallois ce qui en français veut dire « le poireau de Peter ».

Contrairement au poireau, elle est l’emblème du Pays de Galles depuis moins longtemps. En effet, elle a commencé à gagner en popularité au XIXème siècle, époque où les femmes aimaient beaucoup cette fleur.

Au début du XXème siècle elle devint encore plus associée avec le Pays de Galles quand le premier ministre anglais – gallois d’origine – David Llyod George se mit à la porter le jour de la St David et aux cérémonies d’investiture du Prince de Galles.

Le Poireau et la Jonquille : Emblèmes du Pays de Galles

Le poireau 

Les vraies origines de ce choix sont maintenant certainement perdues mais selon nous somme sures c’est qu’elles remontent au moins au VIème siècle car le poète Taliesin y faisait déjà référence. On y fait aussi référence dans le Livre Rouge d’Hergest qui contient les manuscrits des contes médiévaux connus sous le nom de Mabinogian – celui-ci datant du XIIIème siècle.

Selon l’une des légendes, afin de les identifier facilement, le Roi Cadwaladr de Gwynedd ordonna à ses soldats de porter un poireau sur leurs casques.

En effet la bataille qu’ils s’apprêtaient à commencer contre les Saxons se tenait dans un champ de poireau. Cette histoire à été révélée par le poète anglais Michael Drayton à la fin des années 1560 – début 1600.

Ce dernier a surement inventé cette histoire mais ce qui est vrai c’est que les archers gallois portaient des uniformes aux couleurs du poireau durant la Bataille de Crécy au début du XIVèmesiècle.

Au XVIème siècle, on trouve des référence à cet emblème dans Henry V de Shakespeare : le personnage dit qu’il porte un poireau car il gallois. Henry VIII quant-à-lui, offrit un poireau à sa fille le jour de la St David en 1536.

Puis au fil des années, le poireau à été associé avec la pratique de la médecine et on l’utilisait pour soigner une grande variété de maladies. Il soignerait ainsi le rhume mais servirait aussi de protection contre les courant d’air durant les batailles et tiendrait éloigné les mauvais esprits.

On raconte même que placé sous un oreiller, il aiderait les jeunes filles à avoir une apparition de leur futurs maris et soulagerait les douleurs des nouveaux nés.

En 1984 il fut décidé que la pièce de 1£ serait différente en fonction des régions du Royaume-Uni et sur le revers de la pièce galloise un poireau est gravé.

Le Pound Gallois

Le Pound Gallois

De nos jours le poireau est porté sur les casquettes des soldats gallois le jour de la St David.

La tradition du régiment gallois de l’armée anglaise veut que le même jour, la plus jeune recrue mange un poireau cru.

Les gardes de ce même régiment portent aussi des plumes vertes et blanches que leurs chapeaux noirs composés de poils d’ours.

Les joueurs du XV du Pays de Galles arborent un poireau sur leur poitrine, symbole de la victoire des Gallois sur les Saxons.

XV du pays de galles WRU

Pourtant, chaque 1er mars, jour de la Saint David, le patron national, si ce légume est toujours présent sur l’uniforme des soldats, le peuple gallois l’a remplacé bien volontiers par un brin de jonquille.

La légende dit que la confusion des mots en langue welsh « cenhinen » (poireau) et « cenhinen pedr » (jonquille) serait à l’origine du troc.

Texte original du poème de William Wordsworth

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The Daffodils

I wandered lonely as a cloud
That floats on high o’er vales and hills,
When all at once I saw a crowd,
A host, of golden daffodils ;
Beside the lake, beneath the trees.
Fluttering and dancing in the breeze.

Continuous as the stars that shine
And twinkle on the milky way,
They stretched in never-ending line
Along the margin of a bay :
Ten thousand saw I at a glance,
Tossing their heads in sprightly dance.

The waves beside them danced ; but they
Out-did the sparkling waves in glee :
A poet could not but be gay,
In such a jocund company :
I gazed – and gazed – but little thought
What wealth the show to me had brought :

For oft, when on my couch I lie
In vacant or in pensive mood,
They flash upon that inward eye
Which is the bliss of solitude ;
And then my heart with pleasure fills,
And dances with the daffodils.

 

Les Souliers Rouges

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Il était une fois une jolie petite fille, mais si pauvre qu’en été elle était obligée d’aller toujours nu-pieds, et hiver de porter de gros sabots ; de sorte que ses petits pieds finirent par devenir tout rouges, et cela paraissait très dangereux.

Au milieu du village demeurait la vieille mère du cordonnier. Elle se mit à l’ouvrage, et confectionna du mieux qu’elle put, avec de vieilles lisières de drap rouge, une petite paire de chaussons.

Ils étaient assurément fort laids et très grossièrement faits ; mais son intention était bonne, car ces chaussons étaient destinés à la pauvre petite fille. Catherine était son nom.

Le jour même où l’on enterra sa mère, on lui donna les chaussons rouges ; et elle les mit alors pour la première fois. Certes ce n’était pas là une chaussure de deuil, mais Catherine n’en avait pas d’autre. Elle les mit donc à ses pieds nus, et suivit ainsi chaussée le cercueil.

Tout à coup, passa par là une grande et belle voiture, dans laquelle était assise une dame âgée et d’une taille élevée.

Elle regarda la petite fille, et éprouva de la compassion pour elle. Elle dit donc au curé : «Mon bon monsieur, donnez-moi cette petite fille, je serai bonne pour elle et en prendrai bien soin». 

Catherine s’imagina que cela lui arrivait à cause de ses chaussons rouges ; mais la vielle dame dit qu’ils étaient horriblement laids, et les fit brûler. Cependant Catherine fut habillée tout à neuf, et on lui apprit à lire et à coudre. On lui disait qu’elle était jolie : mais le miroir lui répétait : «Vous êtes plus que jolie, Catherine, vous êtes belle et charmante».

© W. Heath Robinson

© W. Heath Robinson

A peu de temps de là, la reine du pays vint en voyage de ce côté avec la petite princesse sa fille. Le peuple accourut en foule au palais, et Catherine se trouvait au milieu de cette foule.

La petite princesse, tout de blanc habillée, se tenait à la fenêtre et était l’objet de l’attention et de la curiosité générales. On ne voyait pas autour d’elle une nombreuse suite, ni sur sa tête une couronne d’or ; en revanche elle avait de charmants souliers de maroquin rouge.

Ils étaient certes autrement beaux que les chaussons confectionnés tant bien que mal pour la petite Catherine par la mère du cordonnier. D’ailleurs y a-t-il au monde quelque chose qui puisse égaler des souliers rouges ?

A peu de temps de là, la reine du pays vint en voyage de ce côté avec la petite princesse sa fille. Le peuple accourut en foule au palais, et Catherine se trouvait au milieu de cette foule. La petite princesse, tout de blanc habillée, se tenait à la fenêtre et était l’objet de l’attention et de la curiosité générales. On ne voyait pas autour d’elle une nombreuse suite, ni sur sa tête une couronne d’or ; en revanche elle avait de charmants souliers de maroquin rouge. Ils étaient certes autrement beaux que les chaussons confectionnés tant bien que mal pour la petite Catherine par la mère du cordonnier. D’ailleurs y a-t-il au monde quelque chose qui puisse égaler des souliers rouges ?

A la fin Catherine devint assez grande pour être admise à la sainte table et faire sa première communion.

On lui donna à cette occasion des robes neuves, et elle dut aussi avoir des souliers neufs. Le premier cordonnier de la ville prit mesure de son pied ; il le fit chez lui dans sa boutique où il y avait de grandes armoires à glaces toutes remplies de beaux souliers et de bottines bien coquettes et luisantes.

C’était en vérité beau à voir ; mais comme la vielle dame n’y voyait pas bien clair, elle n’éprouva pas de plaisir à les regarder.

Or, parmi tous ces jolis souliers, il y en avait justement une paire de rouges tout à fait pareils à ceux qu’avait eus la princesse. Comme ils étaient jolis ! et puis le cordonnier dit à Catherine qu’ils avaient été faits de commande pour l’enfant d’une comtesse, mais qu’ils s’étaient trouvés trop petits.

The Red Shoes  by Hans Andersen ill john patience

Les souliers furent essayés ils chaussaient parfaitement Catherine, et on les acheta. mais la bonne vieille dame ignorait tout à fait qu’ils fussent de cette couleur, car elle n’aurait jamais permis que Catherine allât à l’église en souliers rouges. Néanmoins, c’est ce qui arriva.

Tout le monde regardait les pieds de la jeune fille ; et quand elle traversa l’église pour entrer dans le choeur, il lui sembla que les vieilles statues des Saints tenaient leurs yeux fixés sur ses beaux souliers rouges.

Ce fut là son unique pensée, lorsque l’évêque lui donna le sacrement de la confirmation, pendant tout l’édifiant discours qu’il prononça à cette occasion, pendant que l’orgue faisait entendre ses plus solennels accent auxquels succédaient les voix pures et claires des choeurs. Mais Catherine ne pensait toujours qu’à ses souliers rouges.

Dans l’après-midi, chacun raconta à la vieille dame que Catherine était venue à l’église en souliers rouges ; et la vieille dame de dire alors qu’ils étaient fort laids, qu’il était d’ailleurs tout à fait inconvenant de les porter ; qu’à l’avenir, toutes les fois que Catherine irait à l’église, ce serait en souliers noirs, quand bien même ils seraient vieux et tout usés.

Le dimanche suivant, Catherine s’apprêta pour aller à l’église. Après avoir alternativement considéré à plusieurs reprises ses souliers noirs et ses souliers rouges, elle se décida à mettre encore les rouges.

Il faisait ce jour-là le plus beau soleil qu’on pût voir. Catherine et la vieille dame suivirent un sentier à travers champs et où il y avait en chemin beaucoup de poussière.

A la porte de l’église se tenait un vieux soldat invalide avec une paire de béquilles et une grande belle barbe, plutôt rouge que blanche (le fait est qu’elle était rouge).

Il fit un profond salut et demanda à la vieille dame si elle voulait qu’il essuyât la poussière de ses souliers. Elle lui répondit oui, et Catherine présenta aussi son petit pied. «Voyez donc ! les beaux souliers de bal que cela fait, dit le vieux soldat : garde à vous, quand vous danserez !» et tout en parlant de la sorte, il appliqua un bon coup de la paume de la main sur la semelle.

La vieille dame lui donna une petite pièce de monnaie pour sa peine, puis elle entra avec Catherine dans l’église.

©  Anne Anderson

© Anne Anderson

Chacun dans l’église se prit à regarder les souliers rouges de Catherine, et toutes les antiques statues de saints semblèrent encore fixer leurs yeux sur ces souliers.

Et quand Catherine s’agenouilla aux pieds de l’autel, elle ne pensa encore qu’à ses souliers. Elle oublia à quel ineffable mystère on avait bien voulu l’admettre en lui permettant de prendre place à la sainte table huit jours auparavant : elle oublia l’édifiante allocution dont cette pieuse solennité avait fourni le sujet à l’officiant, elle oublia de faire ses prières…

Enfin tout le monde sortit de l’église et la vieille dame remonta dans son carrosse qui, pendant l’office, était venu l’attendre à la porte. Catherine levait justement le pied pour y monter à son tour, quand le vieux soldat s’écria encore : «Voyez donc les beaux souliers de bal !»

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Et alors Catherine ne put pas s’empêcher d’essayer de faire un ou deux pas de danse, et une fois qu’elle eut commencé de danser, ses pieds ne s’arrêtent plus.

On eût dit que les souliers exerçaient sur elle une espèce de puissance magique. Elle s’en alla en effet dansant tout autour de l’église, sans pouvoir s’arrêter, de sorte que le cocher de la vieille dame fut obligé de courir après elle, de la saisir par le corps et de la hisser dans le carrosse.

Ses pieds n’en continuèrent pourtant pas moins à danser, de sorte qu’ils heurtèrent souvent les jambes de la bonne vieille dame. On finit par ôter à Catherine ses souliers, et alors seulement ses jambes demeurèrent en repos.

Quand on fut de retour au logis, les souliers furent placés dans une armoire ; mais Catherine ne pouvait pas s’empêcher d’aller à tout moment les regarder.

A quelque temps de là, la vieille dame se trouva malade au lit, et les médecins déclarèrent qu’elle n’en reviendrait pas.

Elle aurait eu besoin d’être bien soignée, bien veillée, et assurément Catherine plus que toute autre était tenue de lui rendre un pareil service ; mais il devait y avoir un grand bal dans la ville, et Catherine y avait été invitée.

Elle considérait attentivement sa vieille protectrice, sentait l’impossibilité qu’elle guérit jamais, puis allait regarder les souliers rouges en pensant qu’après tout il ne pouvait pas y avoir grand mal de sa part d’aller à ce bal. Il lui vint alors à l’idée d’essayer tout au moins encore une fois de mettre ses beaux souliers rouges, fait assurément fort innocent en lui-même, se dit-elle, mais alors, elle partit tout à coup pour le bal et se mit à danser.

Alors, toutes les fois qu’elle aurait dû aller à droite, les souliers la faisaient aller à gauche ; et, quand il lui fallut, pour exécuter les figures du quadrille, remonter le salon, les souliers l’entraînèrent du côté opposé, puis en bas de l’escalier, puis dans la rue, puis hors des portes de la ville.

Ils s’en allèrent toujours de la sorte dansant, toujours dansant, jusqu’à ce qu’enfin ils la conduisissent dans une grande et sombre forêt.

Là, elle aperçut entre les arbres une vive lumière, et elle crut que c’était la lune, car elle avait tout à fait la figure d’un homme. Le fait est que c’était bel et bien un visage d’homme, car là encore était assis le vieux soldat à la grande barde rouge, lui faisant des signes de tête et disant : «Voyez donc les beaux souliers de bal !».

 © Anne Anderson

© Anne Anderson

Elle tressaillit d’épouvante et aurait bien voulu alors se débarrasser de ses maudits souliers rouges ; mais ils tenaient trop fort. Elle retira ses bas aussi loin qu’elle put, mais les souliers étaient devenus complètement adhérents à ses pieds.

Elle fut donc obligée de s’en aller toujours dansant, dansant à travers plaines et marais, dansant par la pluie et par la clarté du soleil, dansant nuit et jour ; mais c’était surtout pendant les heures de la nuit, que cela faisait un effroyable supplice !

Elle dansa jusqu’au cimetière, mais les morts n’ont guère envie de danser, et de fait ils ont bien mieux à faire ! Elle essaya de s’asseoir sur la tombe du pauvre, là où croit l’amère tanaisie. Mais il ne pouvait y avoir de repos pour ses membres fatigués, et quand elle arriva du côté de la grande porte de l’église qui était tout ouverte, elle aperçut là un ange, en longs vêtements blancs, avec des ailes qui de ses épaules descendaient jusqu’à terre.

Son visage était grave et sévère, et à la main, il tenait un glaive grand et brillant.

«Vous continuerez, lui dit-il, vous continuerez à toujours danser ainsi avec vos souliers rouges jusqu’à ce que vous finissiez par être pâle et froide, jusqu’à ce que vous ne soyez plus qu’un squelette ! Vous danserez de porte en porte, frappant à toute les maisons où demeurent des enfants vaniteux et orgueilleux, afin qu’ils vous entendent et qu’ils tremblent ! Allons, dansez !»

 

Andersen  The Red Shoes

«Grâce ! grâce !» s’écria Catherine ; mais elle n’entendit pas la réponse de l’ange ; car les souliers l’entraînèrent à travers la contrée, par les grandes routes et par les chemins de traverse, toujours dansant.

Un matin, elle passa en dansant devant une porte qu’elle connaissait fort bien. Cette porte était toute tendue de noir, et une bière sur laquelle étaient placés une couronne de fleurs et un crucifix en sortit tout à coup. A cela elle comprit que la vieille dame, sa bienfaitrice, était morte ; elle se sentit alors abandonnée par tout le monde et condamnée par l’ange de Dieu.

Elle s’en allait cependant toujours dansant, toujours dansant, obligée de danser même au milieu de l’obscurité des nuits.

Les souliers rouges la conduisaient à travers les ronces et les épines qui vous déchiraient ses pieds et vous les mettaient en sang. En dansant de la sorte à travers les bruyères, elle arriva à une petite maison isolée.

Elle savait que le bourreau demeurait là, et elle frappa à la fenêtre en disant : «Sortez, sortez, car je ne puis entrer dans votre maison moi, il faut que je danse !».

«Vous ne savez pas qui je suis, à ce que j’imagine, répondit-il : c’est moi qui coupe la tête aux méchants, et je ne vais pas tarder à avoir de la besogne, car j’entends ma hache qui tinte».

«Oh ! ne me coupez pas la tête, dit Catherine, car alors je ne pourrais plus me repentir de mes péchés ; coupez-moi plutôt les pieds et les souliers rouges avec».

Et elle confessa sa conduite coupable, et le bourreau lui coupa les pieds et les souliers rouges avec ; et les souliers rouges s’en allèrent seuls toujours dansant à travers la campagne, jusque dans les profondeurs de la forêt.

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Le bourreau lui fit ensuite des pieds de bois et une paire de béquilles ; puis il lui apprit le psaume que chantent toujours les pêcheurs. Elle lui baisa alors la main avec laquelle il tenait la hache et elle reprit son chemin à travers les bruyères.

«Maintenant, se dit-elle, que j’ai assez souffert pour les souliers rouges, je m’en vais aller à l’église, afin que tout le monde puisse me voir». Tout en parlant de la sorte, elle se dirigea lestement vers la porte de l’église ; mais quand elle y arriva, elle y trouva les souliers rouges qui dansaient encore devant elle. A cette vue, elle fut saisie de frayeur et s’enfuit bien vite.

Elle fut très triste toute cette semaine-là, et répandit des torrents de larmes amères ; mais quand arriva le dimanche, elle se dit : «Maintenant certes, j’ai assez souffert, assez lutté : je ne crains pas de dire que je suis tout aussi bonne qu’une foule de gens qui sont là dans l’église et qui ont si bonne opinion d’eux-mêmes.»

Elle partit donc avec plus de résolution que l’autre fois, mais elle ne fut pas plutôt arrivée à la porte du cimetière, qu’elle aperçut les souliers rouges dansant devant elle, et elle fut de nouveau saisie de terreur. elle s’en retourna donc bien vite et se repentit alors sincèrement de son orgueil et de sa conduite coupable.

Elle s’en alla trouver ensuite M. le curé pour le prier de vouloir bien lui trouver une place de servante ; elle assura qu’elle serait bien laborieuse et qu’elle ferait tout ce qu’elle pourrait pour contenter les maîtres qu’il lui donnerait.

Elle ajouta qu’elle ne tenait pas aux gages, que tout ce qu’elle demandait c’était d’avoir un gite et de servir de bons maîtres. Le bon prêtre eut pitié d’elle, et la recommanda à une dame charitable qui la prit à son service. Catherine devint laborieuse et raisonnable. Tous les enfants l’aimaient bien, et quand il leur arrivait de causer coquetterie ou beauté, Catherine hochait de la tête.

Un dimanche qu’ils s’en allaient tous à l’église, ils lui demandèrent si elle n’y viendrait pas avec eux ; mais au lieu de leur répondre elle se contenta de regarder ses béquilles d’un air triste et les larmes dans les yeux.

Les autres s’en allèrent donc à l’église, tandis que Catherine gagnait seule sa petite chambre. Il n’y avait juste de la place que pour un lit et une chaise ; elle s’y assit avec son livre de prières à la main, et pendant qu’elle lisait avec dévotion, le vent lui apportait les sons si suaves de l’orgue retentissant dans l’église.

Elevant alors vers le ciel ses yeux baignés de larmes, elle s’écria : «Seigneur, ayez pitié de moi !».

A ce moment, le soleil perça les nuages qui l’avaient jusqu’alors obscurci, et ses rayons projetèrent un éclat plus vif que jamais. Alors apparut aux yeux de Catherine l’ange de Dieu, aux longs vêtements blancs, le même qu’elle avait déjà vu à la porte de l’église dans la terrible nuit que vous savez.

Mais au lieu d’une flamboyante épée, il tenait à la main un beau rameau vert avec de grosses touffes de roses. Il en toucha le plafond, s’éleva dans les airs, et à l’endroit qu’il avait touché brilla aussitôt une étoile d’or.

L’ange toucha les murailles, et elles s’écroulèrent. Catherine aperçut alors l’orgue dont elle entendait les sons harmonieux ; elle vit les statues des saints, et tous les fidèles chantant autour d’elle les louanges du Seigneur.

L’église avait tout à coup été transportée dans la chambre de la pauvre fille, ou plutôt c’est elle qui avait été transportée dans l’église. Elle s’y trouvait auprès du reste de la famille, et quand les chants cessèrent chacun lui fit avec la tête un petit signe d’amitié comme pour lui dire : «C’est bien à vous, Catherine, d’être venue».

«C’est la grâce de Dieu» se dit-elle.

Et l’orgue fit retentir ses sons les plus puissants, et les voix de l’assistance se mêlèrent en un doux concert.

Le soleil darda à travers la fenêtre ses rayons les plus vifs sur Catherine, et alors son soeur se trouva tellement inondé de lumière, de paix et de joie, qu’il se brisa. A ce moment l’âme de Catherine s’envola vers Dieu sur un des rayons de soleil, et dans le ciel il ne fut pas mention des souliers rouges.

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The Red Shoes (1948 film) , de Michael Powell et Emeric Pressburger, inspirés par le conte de fées

Synopsis

Julian Craster est un étudiant souhaitant devenir compositeur. Victoria Page est une jeune danseuse inconnue. Tous deux sont engagés par le directeur de ballet Boris Lermontov Peu après, celui-ci rejette sa danseuse étoile Irina Boronskaïa jugeant incompatible son prochain mariage avec sa vocation de ballerine, et la remplace par Victoria Page. Lermontov demande alors à Craster de lui écrire un ballet à partir du conte d’Andersen, Les Souliers rouges. La première est un triomphe et Victoria se voit ensuite confier les plus beaux rôles du répertoire. Mais le très possessif et tyrannique Lermontov exige qu’elle s’identifie totalement au personnage de ce conte, et sacrifie sa vie à la danse.

Un jour, il réalise que Julian Craster et Victoria Page sont irrésistiblement amoureux…… harcelée par Lermontov qui la rappelle sans cesse à la nécessité de se consacrer entièrement à son art, la jeune femme gagnera en célébrité sans pour autant trouver la demi-mesure qui pourrait la sauver.

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Un inoubliable ballet Victoria Page danse alors l’histoire du conte d’Andersen « Les Souliers rouges » : une jeune femme trouve une paire de souliers qui lui plaisent infiniment, elle les enfile et se met à danser, heureuse et légère, jusqu’au bout de la nuit. Puis, exténuée, la jeune femme tente de s’arrêter ; mais les chaussons ne sont pas fatigués, et ils continuent de danser, interminablement… 

 

Vicki in shoes

Vicki in shoes

Le ballet  » Les Chaussons rouges » est inspiré du conte d’Andersen,

Les Chaussons rouges est l’occasion d’une réflexion sur l’art et la danse. Le film se penche sur la masse de travail nécessaire à l’élaboration d’un art où toute trace de labeur devra disparaître derrière l’excellence et la grâce.

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Le film multiplie les allers-retours entre l’imaginaire, les apparences de la réalité et leur représentation. Jusqu’au vertige, puisque, sous la féerie apparente du conte, le réalisateur fait sourdre, à chaque instant, des abîmes de noirceur.

The Red Shoes (ballet) 1948 part1 720p

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The Red Shoes (ballet) 1948 part2 720p

.© Ben Nicholson

.© Ben Nicholson

« The Red Shoes » est une chanson écrite et enregistrée par le musicien Kate Bush

La chanson parle d’une fille qui met une paire de chaussons de danse enchantées et ne peut pas arrêter de danser jusqu’à ce que le sortilège soit rompu Il est inspiré par un personnage du film de Michael Powell et Emeric Pressburger  The Red Shoes .

 

Elizabeth Horning

© E.Horning.Admiral's Landing

© E.Horning.Admiral’s Landing

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Elizabeth Horning est née à Cambridge, dans le Massachusetts, et a obtenu un baccalauréat en peinture de la « Rhode Island School of Design » en 1965. 

Lors de son premier cycle, elle a reçu une bourse royale « Bailey Farnum » et des subventions des fondations Ford et Carnegie. Depuis son diplôme, elle n’a jamais cessé d’étudier l’art, et au fil des années, elle a atteint une superbe maîtrise technique dans son métier.

Horning a commencé sa carrière en tant que professeur d’art, la création et la mise en œuvre des programmes artistiques dans les écoles élémentaires de Franklin, New Hampshire, jusqu’en 1973, quand elle a déménagé pour aller dans le sud-ouest américain, où elle vit et peint depuis. 

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© E.Horning Prairie Posies

© E.Horning Prairie Posies

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Elle a été en mesure d’utiliser son talent artistique comme illustrateur, comme artiste commercial, comme directeur artistique d’une entreprise commerciale, en tant que designer, et bien sûr en tant que créateur d’œuvres d’art. 

En outre, elle a joué un rôle actif dans les ligues artistes durant toute sa carrière, et ses œuvres se trouvent dans les galeries de Vancouver à San Diego et de Honolulu à New York, ainsi que dans de nombreuses collections privées et corporatives.

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© E.Horning.Chinese Peonies

© E.Horning.Chinese Peonies

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Dans mon petit jardin (tête-bêche).


Sous la rocaille où roule un faisceau de couleurs
Mille médailles d’or parsèment l’herbe grasse;
Les bulbes éclatés laissent jaillir des fleurs
Dans mon petit jardin qui mêle leurs senteurs.
Que le printemps est beau, quand, vu de ma terrasse
Mille médailles d’or parsèment l’herbe grasse
Sous la rocaille où roule un faisceau de couleurs.

De chauds rais de soleil transpercent la ramure
Alors que le pinson siffle un air radieux.
Pour abreuver les plants un ruisselet murmure…
Dans mon petit jardin l’été m’offre la mûre,
La pêche ,l’abricot, des fruits délicieux;
Alors que le pinson siffle un air radieux
De chauds rais de soleil transpercent la ramure.

Après des jours de pluie engorgeant les labours
Le mistral a rugi jusqu’au plus des cimes;
Les arbres dépouillés de leurs plus beaux atours
Dans mon petit jardin semblent morts pour toujours.
Tel un tueur dément perpétrant tous ses crimes
Le mistral a rugi jusqu’au plus haut des cimes
Après des jours de pluie engorgeant les labours.

Maurice Floch

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© E. Horning.Amaryliss

© E. Horning.Amaryliss

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Elizabeth Horning

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© E. Horning.Rhododendrons

© E. Horning.Rhododendrons

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Le printemps reviendra

 

Hé oui, je sais bien qu’il fait froid,

Que le ciel est tout de travers;

Je sais que ni la primevère

Ni l’agneau ne sont encor là.

La terre tourne ; il reviendra,

Le printemps, sur son cheval vert.

Que ferait le bois sans pivert,

Le petit jardin sans lilas ?

Oui, tout passe, même l’hiver,

Je le sais par mon petit doigt

Que je garde toujours en l’air…

Maurice Carême

‿↗⁀

© E.Horning.Sunrise At The Oasis

© E.Horning.Sunrise At The Oasis

La peinture orientaliste

Elle est caractérisée par une recherche de l’orient
mythique, combinée au désir d’évasion imaginaire en des lieux lointains,
d’abord helléniques, ensuite islamiques, turcs et arabes, et finalement indien,
chinois et japonais

John Frederick Lewis 1805-1876  in the beys

John Frederick Lewis 1805-1876 in the beys

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L’intérêt de l’occident pour l’orientalisme est apparu au courant du XVIIIe siècle mais c’est surtout au XIXe siècle que l’attrait pour les thèmes orientaux va connaître son apogée. En revanche, au XXe siècle les thèmes orientalistes vont peu à peu disparaître et d’une certaine manière on peut considérer que l’indépendance de l’Algérie en 1962 a marqué la fin de la peinture orientaliste en France

Phénomène culturel il débute vers la fin de l’Ancien Régime monarchique français et se termine avec le déclin de l’Empire britannique.

Il touche plusieurs domaines dont la peinture.

Leon Cogniet L’Expedition d’ Egypte Sous Les Ordres de Bonaparte

Leon Cogniet L’Expedition d’ Egypte Sous Les Ordres de Bonaparte

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A partir de la campagne égyptienne de Bonaparte en 1798, des artistes européens appartenant
tant à l’école réaliste que romantique se sont concentrés sur l’Egypte et en ont été fascinés

La guerre de Crimée ,l’ouverture du Canal de Suez ,les colonisations incite les européens à voyager autour de la méditerranée

En 1860, Ferdinand de Lesseps choisit Narcisse Berchère comme dessinateur officiel de la Compagnie du Canal de Suez. Il  restera 6 mois sur place et en profitera pour faire de nouvelles excursions dans ce désert qu’il affectionne tant, et pour admirer et noter la région environnante.

© Narcisse Berchère Felouques et Chameliers au bord du-Nil

© Narcisse Berchère Felouques et Chameliers au bord du-Nil

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Les portes de l’Orient s’ouvrent, les échanges, missions et  voyages, notamment d’artistes, se multiplient. 

La grande majorité des peintres orientalistes ont tirés leur inspiration de leurs voyages et rassemble des artistes aux œuvres et aux personnalités aussi différentes et opposées que Horace Vernet, Ingres, Delacroix, Théodore Chassériau, Jean-Léon Gérôme, Fromentin, Alexandre Roubtzoff, jusqu’à Renoir (avec son Odalisque de 1884) ou même Matisse et Picasso au tout début du XXe siècle. 

Les thèmes abordés dans la peinture orientaliste

© Adrien Henri Tanoux Harem

© Adrien Henri Tanoux Harem

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Au XIXe siècle, on trouve surtout des scènes de harem, des scènes de chasses et de combat ou bien encore des représentations de paysages typiques comme les déserts, les oasis ou les villes orientales.

©Jean Leon Gerome The Carpet Market

©Jean Leon Gerome The Carpet Market

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La peinture orientaliste profondément liée au voyage est marquée par une utilisation de couleurs aux tons plus chauds, privilégiant des teintes plus rouges, jaunes ou brunes. La lumière est chaude, les contrastes accentués.

© Jean-Joseph Benjamin-Constant

© Jean-Joseph Benjamin-Constant

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Il existe aussi une école orientaliste anglaise avec l’Empire britannique, une école italienne et une école orientaliste russe avec le Caucase et l’Asie moyenne islamique.

L’orientalisme en peinture n’est donc ni une école, ni un mouvement. Il ne se définit pas non plus, par un seul style. Pour certains des grands artistes, tels qu’Ingres et Delacroix, il s’agit d’un simple prétexte au développement de leur processus de création

Les expositions universelles de 1855 et de 1867 voient à Paris l’apogée de la peinture orientaliste.

Elle perd de son prestige avec l’arrivée du japonisme et de l’art moderne

Les Orientalistes

La chatte imprudente

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© Shonborn John Lewis Le berger Kabyle

© Shonborn John Lewis Le berger Kabyle

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Il était une fois un jeune homme du nom d’Hamidi qui habitait une toute petite cabane dans un village, très haut perché dans la montagne. Il vivait seul et sa seule compagnie était une jolie petite chatte.

Dès que le soleil se levait, il se rendait dans la grande forêt et là il cherchait de quoi vivoter mais surtout de quoi nourrir la petite chatte. Il ne revenait qu’une fois le soleil couché. La chatte enfermée toute la journée trouvait le temps long et l’ennui commençait à la gagner.

Il n’y avait plus depuis longtemps une souris, un scarabée, ou une mouche à chasser. Ce jour-là elle trouva un autre jeu. Elle monta sur la table et avec sa patte fit tomber l’assiette où il y avait le repas de son maitre, elle renversa la jarre de lait de son maitre et se régala avec ce qu’elle avait renversé. Puis satisfaite, se lécha les babines, les pattes et attendit son maitre.

Ce jour-là, Hamidi rentra de la forêt et dans sa musette il n’avait rien à se mettre sous la dent. Mais se disait-t-il, j’ai un petit repas qui m’attend chez moi.
Quand il ouvrit la porte, qu’il vit toute sa vaisselle cassée et son repas par terre, il fut pris d’une terrible colère.
– Maudit chat ! Je me fatigue pour te trouver à manger et toi tu souilles ma seule nourriture de la journée ! Tu vas voir ce que tu vas voir.
Il attrapa la chatte, se saisit d’un petit couteau et là… couic ! D’un petit coup il lui coupa le bout de la queue et l’accrocha sur un mur. Et toujours furieux il lui dit :
– Tu peux pleurer jour et nuit, verser un lac de larmes ! Je ne te rendrai ta queue que si tu remplis de nouveau ma jarre de lait.

Dès le lendemain la chatte se réveilla tôt et se mit en chemin. Elle traversa la grande forêt, arriva dans une grande prairie et vit une vache, elle lui chanta :
– La vache, la vache, la vache, donne-moi du bon lait, pour remplir la jarre que j’ai, la jarre que j’ai renversée, et récupérer ma queue, que mon maitre a coupée.
– Je veux bien t’aider !, lui dit la vache mais moi pour donner du lait, il me faut de l’herbe !

Elle courut trouver une prairie.
– Prairie, prairie, prairie donne-moi de l’herbe, que je donnerai à la vache, qui me donnera du bon lait, pour remplir la jarre que j’ai, la jarre que j’ai renversée, et récupérer ma queue que mon maitre a coupée.
– Je suis toute assoiffée, toute desséchée, trouve moi de l’eau et je donnerai de la bonne herbe.

La chatte trouva un petit ruisseau et lui chanta :
– Ruisseau, ruisseau, ruisseau donne moi de la bonne eau, que je donnerai à la prairie, qui me donnera de l’herbe, que je donnerai à la vache, qui me donnera du bon lait, pour remplir la jarre que j’ai, la jarre que j’ai renversée, et récupérer ma queue, que mon maitre a coupée.
– Je ne suis qu’un petit ruisseau, il faudrait que la grande rivière me donne un peu de son eau.

La chatte trouva la rivière et lui chanta :
– Rivière, rivière, rivière donne-moi de ton eau, que je donnerai au ruisseau, qui me donnera de l’eau, que je donnerai à la prairie, qui me donnera de l’herbe, que je donnerai à la vache, qui me donnera du bon lait, pour remplir la jarre que j’ai, la jarre que j’ai renversée, et récupérer ma queue, que mon maitre a coupée.
– Le ciel ne donnera plus de pluie et la rosée du matin n’y suffira pas, je ne suis qu’un mince filet qui coule dans son lit. Seule la montagne pourrait m’offrir un peu de neige.

La petite chatte grimpa, grimpa, jusqu’au sommet tout blanc de la montagne. Elle avait si froid et de sa petite voix elle susurra :
– Montagne, montagne, montagne, donne-moi un peu de neige, que je donnerai à la rivière, qui me donnera de son eau, que je donnerai au ruisseau, qui me donnera de l’eau, que je donnerai à la prairie, qui me donnera de l’herbe, que je donnerai à la vache, qui me donnera du bon lait, pour remplir la jarre que j’ai, la jarre que j’ai renversée, et récupérer ma queue, que mon maitre a coupée.
– Je suis désolée, 
lui dit la montagne, je dois garder ma glace jusqu’à l’été, descend et attend que le soleil soit ardent.

La chatte descendit, le cœur gros. Voilà… se dit-elle ma grosse bêtise a de graves conséquences : je suis une chatte sans queue, qui n’ose plus se montrer, de peur d’être moquée.
– J’ai faim ! Hamidi mon maitre a eu raison d’être furieux ! Ça fait mal d’avoir faim. La prochaine fois j’y regarderai à deux fois avant de faire des bêtises.

Will I be Forever Alone © Borda

Will I be Forever Alone © Borda

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La chatte était très triste. Elle s’allongea, s’enroulant sur elle-même et attendit que la montagne daigne laisser fondre la neige.

Les semaines passèrent, les lunes passèrent, les saisons passèrent. Un beau matin la chatte entendit le doux bruit de l’eau, la neige était en train de fondre, elle remercia la montagne. La rivière se remplit et donna de l’eau au ruisseau qui irrigua la prairie pour donner de l’herbe tendre à la vache qui, satisfaite, donna du bon lait. Enfin ! La chatte rempli la jarre qu’elle avait renversée.

Elle revint chez son maitre Hamidi. Il était heureux de revoir sa compagne. Elle sauta dans ses bras et ronronna. Hamidi la serra contre son cœur et lui recolla la queue.

Devant sa porte il trouva la jarre pleine de lait. Et la vie redevint comme avant.

Mon conte est parti, le vent l’a emmené, un jour il reviendra.

© John Lewis Shonborn repos sous les arbres

© John Lewis Shonborn repos sous les arbres

Orientalist Painting